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ALGÉRIE - SAHARA : quand la France nous empoisonnait la vie...

Azzedine G. Mansour - 16 février 2014

 

On se souvient tous du scandale entourant les tests d'armes chimiques et biologiques que la France testait en Algérie après l'indépendance... Vers la fin des années 1990, "Le Nouvel Observateur" (no. 1720, 23 au 29 octobre 1997, pp. 10-18) [1] avait consacré à ces essais une enquête d'une dizaine de pages très documentées où l'on apprenait qu'ils ont continué sur une base secrète 16 ans après la fin de la guerre de libération en 1962. Menés sous la bénédiction des plus hauts responsables du pays, ces essais cachaient trois mensonges d'État... "D'abord, comme le notait Vincent Jauvert, journaliste et auteur de l'enquête, depuis 1945, la France a toujours nié avoir procédé où que ce soit à des expérimentations d’armes chimiques à l’air libre. Ensuite, Paris et Alger ont toujours affirmé que les dernières bases militaires françaises en Algérie avaient été fermées en 1968. Enfin, les accords d’Evian, qui ont scellé l’indépendance du pays, avaient été publiés incomplets…". Faut-il rappeler ici qu’une annexe à ces accords avait été tenue secrète et renouvelée deux fois de suite : en 1967 et en 1972. Elle concerne un centre ultrasecret d’expérimentation d’armes chimiques et biologiques (nom de code : B2-Namous), probablement le plus vaste au monde après ceux de Russie. Situé au nord du Sahara algérien, près de la ville de Beni-Wenif (nord-est de Colomb-Béchar), il couvre un territoire de forme polygonale de plusieurs milliers de kilomètres carrés (100 kilomètres de long par 60 de large, selon les spécialistes). Il faisait partie des cinq sites stratégiques (Reggane, In-Ekker, Colomb-Béchar et Hammaguir pour les essais nucléaires et spatiaux ; B2-Namous pour les essais d’armes chimiques et bactériologiques) conservés par la France en Algérie quelques années après son indépendance.

 

Après à ces révélations, on pensait que la base "B2-Namous" était l’un des rares secrets que Paris partageait avec les capitales de ses anciennes colonies africaines. Erreur ! Le quotidien français "Le Parisien" vient d’en dévoiler un autre qui fait froid dans le dos. En effet, dans son édition du 14 février 2014 (p. 14) [2], il a publié une enquête [3] de Sébastien Ramnoux sur les essais nucléaires français de Reggane au début des années 1960 et l’étendue de leurs retombées radioactives (voir carte ci-dessous). Dans cet article, intitulé : "le document choc sur la bombe A en Algérie", on y apprend que, selon une carte classée secret-défense par l'armée française pendant des décennies et déclassifiée dans le cadre d’une enquête pénale déclenchée par des vétérans des campagnes d'essais nucléaires français (dans le Sahara au début des années 1960, puis en Polynésie dans les années 1970), les retombées radioactives du tir de la "Gerboise bleue" (tel était le nom de code de la bombe testée) ont recouvert toute l'Afrique du Nord et même subsaharienne. Mieux encore, treize jours plus tard, ces retombées, qui dépassaient largement les normes admises dans certains endroits (à Arak, près de Tamanrasset, où l'eau a été fortement contaminée, mais aussi dans la capitale tchadienne de N'Djamena), se sont propagées encore plus loin vers le nord et ont atteint les côtes espagnoles et la moitié de la Sicile…

 

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Cela dit, il est inadmissible qu’aujourd’hui, la France officielle continue à nier les conséquences désastreuses de ses essais en Algérie et ailleurs en Afrique. Il est temps qu’elle reconnaisse également les crimes qu’elle a commis en toute impunité à l’égard des habitants des zones où ces essais ont eu lieu car, contrairement à ce qu’elle a toujours soutenu, ces zones du Sahara n’étaient pas inhabitées. "Il y avait (là) des dizaines de villages peuplés de milliers d’habitants", comme tenait à le rappeler Fatima Benbraham, avocate au barreau d’Alger, qui défend les Algériens victimes de ces essais nucléaires : "des gens, dit-elle, qui ont été exposés à l’époque, mais aussi leurs enfants, les nomades des caravanes qui, depuis des décennies, ont traversé ces zones radioactives, les appelés de l’armée nationale qui ont fait leur service militaire dans ces régions…" En somme, ce sont des dizaines de milliers de victimes potentielles qui souffrent de maladies caractéristiques des radiations, tels que le diabète, la leucémie, la stérilité, les affections de la thyroïde, etc.

 

Notes

 

[1] Le dossier, qui lève le voile sur ce site longtemps gardé secret des deux côtés de la Méditerranée peut être consulté ou téléchargé à partir de l’adresse web suivante : https://archive.org/download/QuandLaFranceTestaitDesArmesChimiqueEnAlgerie/le_nouvel_observateur_1720_23-29-10-1997_testes_francais_en_lalgerie_1978.pdf.

[2] Pour lire l’enquête parue dans « Le Parisien » (14 février 2014), suivez le lien ci-dessous : http://www.leparisien.fr/faits-divers/le-document-choc-sur-la-bombe-a-en-algerie-14-02-2014-3590523.php.

[3] Cette enquête a été republiée dans "El Watan" du 15 février 2014 ; disponible en ligne à l'adresse suivante : http://www.elwatan.com/actualite/essais-nucleaires-de-reggane-revelations-compromettantes-pour-la-france-15-02-2014-245816_109.php.

 

Mots-clés : Bombe A, Essais nucléaires, Armes chimiques, B2-Namous, France, Sahara, Algérie, Afrique,...

 

Pour citer cet article :

 

Azzedine G. Mansour, "Quand la France nous empoisonnait la vie...", in : Libres Expressions, 16 février 2014 (http://azzedine-gm.blog4ever.com/algerie-sahara-quand-la-france-nous-empoisonnait-la-vie).



16/02/2014
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