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Arts & Cultures


Francesco Marino Di Teana…

« Sculpture/Architecture » ou le couple inséparable...
Azzedine G. Mansour – 19 janvier 2012

Pour le commun du mortel, Francesco Marino Di Teana, qui s’est éteint à l’âge de 91 ans le 1er janvier dernier, n’évoque forcément pas un grand homme ayant marqué l’histoire par ses actes ou ses œuvres. Pourtant, cet architecte d’origine italienne, doublé d’un peintre et d’un sculpteur hors pair, a laissé une empreinte pour le moins indélébile dans l’environnement construit en France. Grâce à son savoir-faire, il a, en effet, révolutionné l’aménagement des halls d’entrée des immeubles et remodelé aussi bien les ronds-points que les places communales qui caractérisent les banlieues françaises des années 1960 et 1970. Le quotidien Libération (édition du 7-8 janvier 2012, p. 25) lui a consacré un article posthume dans lequel on rappelle les influences de son art et ses multiples contributions au paysage urbain de l’Hexagone. « C’est (…) dans la rue, peut-on lire, que l’on peut contempler ses œuvres monumentales » et apprécier à sa juste valeur son énorme talent artistique.


 
Sculpture de F. Marino Di Teana à Fontenay-sous-Bois.
PHOTO : Nicolas Marino
Source : Libération, 7-8 janvier 2012, p. 25.


Né en 1920 à Teana, dans le Sud de l’Italie, et ayant vécu en Argentine dès l’âge de 16 ans puis en France à partir de 1953, cet artiste a laissé derrière lui de nombreuses sculptures, dispersées à travers le monde. La plupart d’entre elles mesure plus de 15 mètres de hauteur. Les plus célèbres sont érigées en France : dans le Val-de-Marne, à Fontenay-sous-Bois s’élève la plus haute de toutes (21 mètres). À Choisy-le-Roi, deux de ses œuvres marquent à jamais le paysage de la région. À Paris-la-Défense, la sculpture qui agrémente le hall d’une des tours porte également sa signature. Chevilly (Orléans) arbore fièrement depuis la fin des années 1960 une de ses structures en Acier de 17 mètres de haut. Il en est de même à Montpelier, Mulhouse, Grenoble, Reims et Paris. Outre ces sculptures que l’on retrouve dans presque toutes les principales villes de France, il a laissé un patrimoine artistique riche et varié, comportant des maquettes, des plans, des documents écrits, des reliefs, des bronzes, des bijoux, des dessins et même de nombreux projets d’architecture. En 2009, à la demande de sa région natale, il avait conçu, sans toutefois pouvoir les mettre en exécution, les plans d’une sculpture-fontaine monumentale de près de 25 mètres de haut, exigeant environ 50 tonnes d’acier pour sa réalisation.

Influencé par les travaux de Le Corbusier et Pier Luigi Nervi, Marino Di Teana s’est rendu maître dans l’épuration des créations à tel point que les critiques décèlent dans son style une empreinte très proche du Bauhaus. Alliant sculpture et architecture, il développa le concept de « sculpture architecturale », concept qui orientera d’ailleurs sa démarche tout au long de sa carrière d’artiste : « de même qu’un tableau, dit-il, ou une fresque enrichit la maison et son esthétique, la sculpture qui s’intègre à un ensemble urbain contribue à l’embellissement de la ville et son architecture (…) Quand les sculptures sont placées aux endroits névralgiques, elles ajoutent à coup sûr de la valeur artistique à l’ensemble… » (Libération, 7-8 janvier 2012, p. 25). Ce rapport extrêmement étroit entre les sculptures et l’architecture de l’environnement dans lequel elles s’insèrent s'exprime non seulement par la monumentalité de ses œuvres, mais dans sa gestion de l'espace dans lequel il intervient. D’ailleurs, il se dit, lui-même, « moins intéressé par la construction d'une forme, en lui ajoutant ou lui ôtant de la matière, que par la conception d'un ensemble structural dans lequel les parties pleines et vides sont plastiquement interdépendantes, se créent les unes les autres et se solidarisent en un système qu'il qualifie de tri-unitaire. » (Fiche de présentation, Musée de Cambrai : « Un Mois, une œuvre », exposition en hommage à Francesco Marino Di Teana, 11 janvier au 5 février 2012)

Avec ce « poète et philosophe de l’espace », comme le qualifie un article paru dans Le Monde (édition en ligne du 13 janvier 2012), il n’y a nul doute : une sculpture prise isolément ou mal intégrée à un ensemble n’a aucune âme. Il faut qu’elle soit viscéralement ancrée aux formes architecturales et urbaines qui l’entourent. Elle est comme « les chevaux et le carrousel », pour reprendre ici une de ses métaphores. « Si on les décale hors de la perspective, les premiers perdent leur beauté et  restent un corps sans âme.» (Libération, 7-8 janvier 2012, p. 25). Pour contribuer, en d’autres termes, à l’équilibre de son milieu  environnant et entretenir avec lui un véritable « dialogue harmonique dans l’espace », elle doit « se faire architecture », comme l’exprimait si bien Francis Gouge (Le Monde, 13 janvier 2012).

Quelques Références :

- Louda Ben Salah, « Marino Di Teana, la ville mode d’emploi », in : Libération, 7-8 janvier 2012, p. 25.
- « Francesco Marino Di Teana », in : Wikipedia [disponible à l’adresse Internet suivante : http://fr.wikipedia.org/wiki/Francesco_Marino_Di_Teana].
- Francis Gouge, « Avec la disparition de Francesco Marino di Teana, la sculpture perd un "philosophe de l'espace" », in : Le Monde, 13 janvier 2012 [disponible en ligne au lien : http://www.lemonde.fr/carnet/article/2012/01/13/avec-la-disparition-de-francesco-marino-di-teana-la-sculpture-perd-un-philosophe-de-l-espace_1629534_3382.html].
- Collectif, Architecte Argentin : Francesco Marino Di Teana, Emilio Ambasz, Mario Palanti, Diana Agrest, Eduardo Catalano, Books LLC, Juillet 2010, 26 p.
- Collectif, Sculpteur Argentin : Adolfo Prez Esquivel, Francesco Marino Di Teana, Lucio Fontana, Osvaldo Rodrguez, Manuel Zorrilla, Alicia Penalba, Books LLC, Août 2010, 48 p.
- Collectif, Naissance Dans La Province de Potenza : Francesco Marino Di Teana, Carlo Gesualdo, Robert G. Vignola, Francesco Saverio Nitti, Roger de Lauria, Books LLC, Août 2010, 76 p.
- Marc Gaillard, Francesco Marino di teana, Artacatos Éditions, 2011.
- « Un Mois, une œuvre », fiche de présentation, exposition en hommage à Francesco Marino Di Teana, Musée de Cambrai, 11 janvier au 5 février 2012 [téléchargeable à l’adresse : www.tourisme-cambrai.fr/fichs/84163.pdf].

Mots-clés : Francesco Marino Di Teana, sculpteur, architecture, art, France, Argentine, Italie, sculpture architecturale…

Pour citer cet article :

Azzedine G. Mansour, « Francesco Marino Di Teana. « Sculpture/Architecture » ou le couple inséparable… », in : Libres Expressions, 19 janvier 2012 (http://azzedine-gm.blog4ever.com/blog/lire-article-501249-4123095-francesco_marino_di_teana_.html).


20/01/2012
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