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Histoire & géographie


Que s’est-il passé en l’an 536 ?...

Azzedine G. Mansour – 20 mai 2014

 

Au début du VIe siècle, le monde vit des événements marquants. En Orient, vers l’an 530, l’empereur byzantin Justinien défait les Vandales et parvient tant bien que mal à reprendre le contrôle de l’Empire romain de l’Est. Le soulagement occasionné par cette victoire n’est cependant que de courte durée. Car, à peine six années plus tard, en l’an 536, une terrible vague de froid s’abat sur la planète tout entière. Et, l’empire de Justinien n’y échappe pas. Un soudain changement climatique se traduisant par un refroidissement inexpliqué perdure pendant plus d’une décennie. Des intempéries quasi-continues provoquent alors récoltes désastreuses, famines, épidémies et désordre social. On estime qu’environ 75 % de la population vivant sur l’hémisphère nord – dont un quart des sujets de l’empire byzantin – sont décimés par la faim et le froid. Ailleurs, dans le monde, la situation n’est guère réjouissante. En Chine, la sécheresse entraine la chute de la dynastie Wei du nord. À Teotihuacan, dans la vallée de Mexico, la population se met à brûler les temples et les symboles du pouvoir ; ce qui entraine le déclin de cette majestueuse cité où l’on retrouve les plus grandes pyramides méso-américaines jamais construites en Amérique précolombienne. En Orient, les sujets de Justinien ne sont pas épargnés. Ils meurent par dizaines de milliers foudroyés notamment par la peste. L’historien byzantin Procope de Césarée dénombre jusqu’à 10 000 morts par jour. Il relate les événements vécus en ces termes : « pendant cette année (536), écrit-il, un signe de mauvais augure a eu lieu. Le soleil a donné sa lumière sans éclat […] et il a paru avoir comme une éclipse, parce que ses rayons ne brillaient plus. » [1]

 

Mais, que s’est-il passé cette année-là ? Un article de Benoît Rey et Colin Barras, publié dans « Le Monde des Sciences » [2] et dont est largement inspirée la présente contribution, tente d’apporter des réponses à cette question en passant en revue les différentes thèses formulées jusque-là pour résoudre le mystère.

 

On y apprend que les premiers scientifiques à s’y être intéressé furent Richard Stothers et Michael Rampino de la National Aeronautics and Space Administration (NASA). Dans les années 1980, ces deux chercheurs avaient émis l’hypothèse d’une gigantesque éruption volcanique survenue vraisemblablement sous les tropiques. Cette éruption aurait été si puissante, suppose-t-on, qu’elle aurait projeté des poussières dans l’atmosphère, formant alors un épais voile qui aurait bloqué le rayonnement solaire et causé un brusque refroidissement de la Terre. Devant les perturbations climatiques désastreuses qui en résultaient et la famine, des mouvements migratoires massifs auraient eu lieu et, avec eux, se seraient répandues des épidémies contre lesquelles les populations n’étaient point immunisées. Quoique très plausible, ce scénario reste difficile à documenter. Aucune trace d’éruptions majeures n’a, en effet, été mentionnée dans les textes de l’époque. Et, l’on doute que le volcan salvadorien Llopango, dont l’éruption en l’an 534 a été classée dans le top 6 des plus importantes survenues durant les 100 derniers millénaires, ait été capable de refroidir le climat aussi longtemps qu’une décennie.

 

An536-1.jpg

 

Une deuxième hypothèse, celle d’un éventuel impact de débris d'objets sidéraux, issus probablement d’une comète qui se serait abîmée au contact de l’atmosphère terrestre, fut également avancée [3]. Dallas Abbott, géologue à l’Université Columbia de New York, croit fermement à cette thèse. Après avoir effectué plusieurs sondages sur glace, elle a noté la présence de traces de nickel et d’étain dans ses carottes. Ces deux éléments ne peuvent provenir que de débris extraterrestres. Ils constituent généralement des composants majeurs des comètes. Mais quelle comète aurait pu croiser l’orbite de la terre au début du VIe siècle ? Abbott incrimine tout particulièrement la comète de Halley qui passe à proximité de notre planète tous les 76 ans. Des textes chinois anciens décrivent, en effet, son passage non loin de la terre en l’an 530. On croit qu’en s’approchant trop près du soleil, elle se serait effritée et aurait laissé derrière elle, d’une part, une énorme trainée de poussière qui aurait voilé le ciel et, d’autre part, des gros fragments qui, se fracassant contre le sol terrestre sous la forme d’intenses pluies de météorites, auraient refroidi brusquement le climat… Les scientifiques sont de plus en plus nombreux à penser qu’un événement similaire avait eu lieu il y a 12 800 ans. Toutefois, les preuves hors de tout doute sont insuffisantes pour admettre qu’un tel scénario ait pu se renouveler en l’an 536 de notre ère.

 

Pour l’heure, une chose est certaine : le mystère entourant le refroidissement de l’an 536 demeure entier. Il est attribué tantôt à un volcan tantôt à une comète sans que l’une ou l’autre de ces deux hypothèses ne l’emporte. À moins que les deux événements aient eu lieu – ce qui est hautement improbable – à la même époque ! En attendant de nouvelles pistes, le dossier reste ouvert… et l’enquête à suivre…

 

Notes et références

 

[1] Procope de Césarée, La Guerre contre les Vandales — Guerres de Justinien, Livres III et IV, trad. fr. : Denis Roques, coll. : La Roue à Livres, Paris : Les Belles lettres, 1990.

[2] Benoît Rey, Colin Barras, « 536. L’année où tout bascula », in: Le Monde des Sciences, no. 13, avril-mai 2014, pp. 82-86.

[3] Than Ker, “Slam dunks from space led to hazy shade of winter”, in: The New Scientist, Vol. 201, no. 2689, January 2009, p. 9.

 

Mots clés : An 536, refroidissement, climat, volcan, comète, famine, exode, épidémie.

 

Pour citer cet article :

 

Azzedine G. Mansour, « Que s’est-il passé en l’an 536 ? », in : Libres Expressions, 20 mai 2014 (http://azzedine-gm.blog4ever.com/que-sest-il-passe-en-lan-536).


19/05/2014
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2030 : l’Asie sera l’Éden des classes moyennes

Azzedine G. Mansour – 26 février 2013

 

Alors que les pays sous-développés sont marqués par une stratification sociale [1] où les classes moyennes [2] peinent à s'imposer, dans les États émergents, elles sont en train de connaitre un essor sans précédent surtout depuis les dix dernières années. C’est en Asie qu’elles semblent prospérer le mieux. C’est sur ce continent, en effet, où de nombreuses nations, comme l’Inde, la Chine, Taïwan, la Corée du Sud, etc., connaissent de fortes croissances économiques assorties d’une élévation substantielle des niveaux de vie, qu’elles regroupent désormais plus de 500 millions de personnes, soit l’équivalent de la population de l’Union européenne. Encore, faut-il préciser que le phénomène n’en est qu’à ses débuts et que cette frange sociale devrait croître davantage au cours des deux prochaines décennies, selon des projections d’un rapport publié en janvier 2010 par l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) [3].

 

Si, entre 2009 et 2010, les classes moyennes étaient estimées à presque 2 milliards, vers l’horizon 2030, elles pourraient représenter, comme le rappelait le quotidien français Le Monde [4], près de 5 milliards de personnes – soit le double en vingt ans – sur une population totale d’environ 8 milliards d’âmes... Plus précisément, la taille de la population appartenant à cette catégorie sociale augmentera, selon les estimations de l’OCDE, de 1,8 milliard de personnes à 3,2 milliards d’ici à l’an 2020 et 4.9 milliards en 2030 (Kharas, 2010 : 27).

 

 

Tableau 1 : La classe moyenne mondiale, 2009 - Les personnes et les dépenses

Source : Homi Kharas, The Emerging Middle Class in Developing Countries, Working Paper № 285, OECD Development Center, 2010, p. 16.

 

Cette croissance pour le moins fulgurante, qui propulsera cette dernière à un niveau jamais atteint dans l’histoire de l’humanité, sera particulièrement marquante sur le continent asiatique (85 % environ ; voir les graphes ci-dessous) et, plus particulièrement, dans sa zone Asie-Pacifique dont la classe moyenne passera de 525 millions à 3,2 milliards d’individus en 2030 (soit environ 66 % de la population mondiale actuelle ; voir : tableaux 1 et 2). Par ailleurs, cette croissance se fera au détriment des puissances occidentales qui, en 2009, en concentraient plus de la moitié (36 % ou 664 millions en Europe et 18 % ou 338 millions en Amérique du Nord). Vers 2030, on estime que la taille de la classe moyenne en Amérique du Nord devrait rester à peu près constante alors qu’en Europe, après une phase de croissance relativement importante au cours de la prochaine décennie, elle connaitra probablement une baisse en raison de la décroissance démographique que subira particulièrement la Russie et ses républiques satellites (Kharas, 2010 : 27-28).

 

 

Tableau 2 : Nombre (en millions) et la part (en %) de la classe moyenne mondiale.

Source : Homi Kharas, The Emerging Middle Class in Developing Countries, Working Paper № 285, OECD Development Center, 2010, p. 28.

 

 

Source : Le Monde, Cahier : Géo & Politique, 24-25 févr. 2013, p. 7.

 

Il faut préciser ici que cette croissance ne sera pas sans produire des effets positifs à plusieurs niveaux. En effet, outre les énormes changements sociaux et politiques qu’elle impliquera, notamment en matière d’émergence de nouvelles revendications qui réclameront la mise sur place de nouveaux programmes, elle agira grandement sur l’économie. En plus de permettre, en effet, une augmentation substantielle de la contribution de ces classes aux systèmes de taxation en vigueur dans leurs pays respectifs, elle stimulera énormément aussi la consommation mondiale qui devrait passer, selon les estimations de l’OCDE, de 21 milliards de dollars en 2009 à 35 milliards en 2020 et plus de 55 milliards en 2030 (voir : tableau 3). À elle seule, la part des classes moyennes des pays asiatiques dépassera les 40 % de la consommation planétaire dans moins d’une décennie. Elle devancera de loin les États-Unis (10 % de la consommation mondiale des classes moyennes en 2030) et l’Europe (20 %) réunis ensemble. On estime, par ailleurs, que la Chine qui se place au 7e rang mondial en matière de consommation de ses classes moyennes en 2009, devrait prendre la tête du classement avant de se faire détrôner par l’Inde dans un très proche avenir…

 

 

Tableau 3 : Dépenses de la classe moyenne mondiale 2009 à 2030 (en millions de 2005 dollars PPA).

Source : Homi Kharas, The Emerging Middle Class in Developing Countries, Working Paper № 285, OECD Development Center, 2010, p. 28.

 

Enfin, il convient de remarquer que ces nouvelles classes moyennes, formées grâce à la fois à la croissance rapide des pays émergents et la mise en place de politiques de lutte contre la pauvreté, demeureront hélas bien plus vulnérables que celles des sociétés occidentales. Car, dans les pays en développement, la plupart des membres appartenant à ces nouvelles classes moyennes ne disposent généralement pas de couverture sociale de base et demeurent, par conséquent, cantonnés dans une situation précaire, particulièrement en cas de maladie ou de chômage, pouvant à tout moment les faire basculer dans la pauvreté.

 

Par ailleurs, cette vulnérabilité pourra être contre-productive à tous points de vue et devenir un sérieux facteur d’instabilité. À cet égard, elle exige une attention particulière de la part des pouvoirs publics qui seraient appelées à poser des gestes concrets pour la contrer, en mettant en place, à titre d’exemple, « des filets adéquats de protection sociale, en améliorant l’assurance maladie et les soins de santé, en offrant de meilleures possibilités dans le domaine de l’enseignement et, surtout, en encourageant la participation citoyenne », comme le soulignait une brochure publiée à l’occasion du 50ème anniversaire du Centre de développement de l’OCDE [5].

 

Notes

 

[1] La stratification sociale renvoie à la hiérarchisation de l’organisation sociale, économique et politique d’une société donnée. Elle est le résultat d’une différenciation liée aux inégalités en termes de richesse, de pouvoir, de savoir et de prestige entre groupes sociaux. Dans le contexte qui nous concerne, elle fait référence à la subdivision de nos sociétés en classes socio-professionnelles relativement distinctes les unes des autres et est exprimée schématiquement en trois modèles : a.) le modèle conique ou pyramidale dont la base représente les classes pauvres et le sommet les populations aisées. Entre les deux se situent bien évidemment les différentes couches constituant les classes moyennes ; b.) le modèle en montgolfière où les classes moyennes sont de loin les plus importantes ; et enfin c.) le modèle en sablier où la proportion des populations appartenant aux classes moyennes est moins importante puisqu’une partie de ses éléments est passée aux classes supérieures (ascension sociale) et la majorité est déclassée vers les couches populaires (lire : Alain Lipietz, La Société en sablier. Le partage du travail contre la déchirure sociale. Paris : La Découverte, 1996).

[2] D’un point de vue sociologique, la notion de « classe moyenne » est un concept aux contours très flous. Elle fait référence à un ensemble très hétérogène de populations dont le niveau de vie se situe entre ceux des classes pauvres et aisées d’une société. Forgées au XIXe siècle, elles « rassemblent (donc) les individus situés entre les moins bien lotis et les plus fortunés » (Damon, 2012) et mettent ensemble, en d’autres termes, des groupes sociaux qui n’appartiennent ni à la bourgeoisie, ni au prolétariat. Dans la pensée marxiste, elles correspondent à ce que l’on appelle la « petite bourgeoisie » qui dispose d’un petit capital lui permettant de mener un train de vie un peu plus élevé que celui des couches plus pauvres. Par ailleurs, en raison de son hétérogénéité, on admet volontiers qu’elle se subdivise en deux sous-catégories : d’une part, les « classes moyennes supérieures » où l’on trouve les ingénieurs, les professeurs d’université et autres professions intellectuelles, et d’autre part, les « classes moyennes inférieures » qui regroupent les travailleurs sociaux, les instituteurs et autres professions intermédiaires (lire : Éric Maurin et Dominique Goux, Les nouvelles classes moyennes, Paris : Seuil, Coll. : La République des idées, 2012 ; consulter également : Julien Damon, « Les classes moyennes : définitions et situations », in : Études, № 416, mai 2012, pp. 605-616).

[3] Homi Kharas, The Emerging Middle Class in Developing Countries, Working Paper № 285, OECD Development Center, 2010, 61 p. Disponible à :  http://www.oecd.org/dev/44457738.pdf.

[4] Voir : « L’Asie, championne des classes moyennes », in : Le Monde, cahier : Géo & Politique, rubrique : Baromètre international, 24-25 févr. 2013, p. 7.

[5] Le Centre de développement de l’OCDE, Œuvrer ensemble à un monde meilleur, Brochure publiée à l’occasion du 50ème anniversaire du Centre de développement de l’OCDE, 36 p.

 

Mots clés : stratification sociale, classe moyenne, croissance, 2030, Asie, consommation mondiale,…

 

Pour citer cet article :

 

Azzedine G. Mansour, « 2030 : l’Asie sera l’Éden des classes moyennes », in : Libres Expressions, 26 février 2013 (http://azzedine-gm.blog4ever.com/blog/lire-article-501249-9782597-2030___l_asie_sera_l__den_des_classes_moyennes.html).

 


28/02/2013
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Afrique, terre de tous les défis ?

Azzedine G. Mansour – 07 décembre 2012

 

L'Afrique, berceau de l'humanité, serait-elle un continent maudit ? Serait-elle, en d'autres termes, la terre de tous les défis ? Après le constat très alarmant au sujet de son avenir climatique dont les conséquences lui seraient désastreuses, selon plusieurs analystes (lire mon commentaire de mardi dernier sur ma page Facebook à l’adresse suivante : https://www.facebook.com/azzedine.gm), voilà qu'on lui prédise également des lendemains pas très rassurants sur le plan démographique. Si l'on se fie aux résultats, publiés dans Le Monde (Cahier : Géo & Politique, 2 déc. 2012, p. 7), d'une récente étude de l'Institut national d'études démographiques (INED, France), elle doit bientôt affronter un autre défi  non moins inquiétant : celui du vieillissement de sa population. Si, aujourd'hui, cette dernière est relativement jeune (40 % ont moins de 15 ans), « dans les 40 prochaines années, la proportion des 60 ans et plus devrait doubler dans de nombreux pays » de ce continent. La baisse de la fécondité et l'allongement de la durée de vie, entrainés en partie par la généralisation de la contraception, la mise en place de plannings familiaux, l’amélioration des conditions sanitaires et l’éradication de nombreuses infections autrefois mortelles, sont particulièrement pointés du doigt. Au rythme avec lequel ces deux facteurs évoluent simultanément, le nombre de personnes âgées va se multiplier par quatre entre 2010 et 2050, passant de 56 à 215 millions et talonnant de près le continent européen avec ses 241 millions de population du troisième âge.

 

 

Illustration : l’Afrique face au défi démographique du vieillissement.

Source : Le Monde, Cahier : Géo & Politique, 2 déc. 2012, p. 7.

 

Mais, outre cet aspect strictement quantitatif du problème, l’étude a révélé par ailleurs que le vieillissement « africain » se produit hélas à une vitesse supérieure à celle que connait le même phénomène dans les pays industrialisés. Conjugué, d’une part, à l’affaiblissement des solidarités familiales traditionnelles et, d’autre part, à la déficience actuelle des programmes sociaux, voire l’absence totale dans certains pays de politiques sociales (pension de retraite, allocation de vieillesse, centres d’hébergement et de prise en charge, couverture sociale, etc.) en faveur de cette frange de la population, ce volet non moins important du problème deviendra un enjeu majeur pour une bonne partie de ce continent et rendra sans doute le défi beaucoup plus ardu à relever. Cette hypothèse est d’autant plus plausible qu’actuellement, à l’échelle de l’ensemble de l'Afrique, seuls « 10 % des personnes âgées peuvent prétendre à une pension de retraite, avec des variations importantes selon les pays. » Il en est de même en matière de santé puisque « la majorité de (cette catégorie démographique) ne dispose pas de couverture sociale. »

 

Il faut espérer que les pouvoirs publics en place soient véritablement conscients de l’acuité de plus en plus alarmante de ce phénomène et qu’ils aient la volonté nécessaire pour élaborer des politiques sociales adéquates, sinon pour renforcer tout au moins les programmes existants à destination de cette classe la plus vulnérable des sociétés africaines…

 

Mots-clés : Afrique, population, vieillissement, fécondité, 2050, politiques sociales,…

 

Pour citer cet article :

 

Azzedine G. Mansour, « Afrique, terre de tous les défis ? », in : Libres Expressions , 7 décembre 2012 (http://azzedine-gm.blog4ever.com/blog/lire-article-501249-9665024-afrique__terre_de_tous_les_defis__.html).

 

 


07/12/2012
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L'insécurité alimentaire en 2013

L'Afrique reste particulièrement menacée...

Azzedine G. Mansour - 21 octobre 2012

 

Depuis les cinq dernières années, le prix des denrées alimentaires ne cesse de grimper augmentant ainsi le risque d'insécurité pour un bon nombre de pays ans le monde. Comme elle le fait habituellement, l’agence britannique "Maplecroft" a analysé ce risque pour l'an prochain. En se basant sur une flambée prévisible des prix de l'ordre de 15 % en raison des mauvaises récoltes enregistrées cette année tant aux États-Unis que dans les pays de l’ex-Union soviétique, elle a dressé la carte ci-dessous d'où l'on peut faire les constats suivants :


1 - seules trois régions du globe connaitront un faible risque d'insécurité : l'Amérique du Nord, l'Europe occidentale et l'Océanie ;

2 - les pays importateurs de céréales, tels que le Yémen, l'Irak, la Syrie ou la Libye (pour ne citer ici que ceux-là) auront à composer avec un risque élevé. La plupart des pays de cette catégorie (presque les deux tiers connaitront une situation préoccupante) se trouvent en Afrique et en Asie du Sud-Est ;

3 - le continent africain serait donc la zone la plus menacée (ce qui n'est guère surprenant). Il comptera au moins neuf pays en "risque extrême" (Somalie, Éthiopie, République démocratique du Congo, Érythrée, Soudan du Sud, Tchad et Sierra Lionne). En Asie, seul l'Afghanistan sera particulièrement vulnérable ;

4 - à l'exception de la Libye, les pays du Maghreb central (Maroc, Algérie et Tunisie) s'en sortiront pas mal. Leur risque d'insécurité alimentaire sera modéré ;

5 - en Amérique Latine et dans les Caraïbes, hormis le Guatemala et Haïti qui sont réellement dans le rouge, les autres pays ne seront que modérément concernés.
Source : Courrier International, no 1146 du 18 au 24 octobre 2012, p. 8.

Enfin, faut-il rappeler que les raisons pouvant expliquer de tels contrastes sont bien connues : la pauvreté, les conflits armés, la sécheresse, les déplacements de population et surtout la mauvaise gouvernance exacerbent les risques de famine...
 
Mots clés : Famine, insécurité alimentaire, flambée des prix, Afrique, Europe, Amérique, 2013...
 
Pour citer cet article :
Azzedine G. Mansour, "L'insécurité alimentaire en 2013. L'Afrique reste particulièrement menacée", in : Libres EXpressions, 21 octobre 2012 (http://azzedine-gm.blog4ever.com/blog/lire-article-501249-9591032-l_insecurite_alimentaire_en_2013.html).



21/10/2012
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Population urbaine mondiale à l’aube de 2050

Azzedine G. Mansour – 24 mai 2012

 

En dépit des conventions qui tentent d’en donner une signification unanime, force est de constater que le concept de « population urbaine » reste très variable d’un pays à l’autre. Il est lié à la notion de « ville » dont la définition reste pour le moins toujours imprécise. Il faut dire que l’idée même d’ « urbanité » est d’une complexité qui est souvent très difficile à cerner. Le critère de concentration démographique en un lieu donné, à lui seul, ne suffit pas à définir le fait urbain qui, outre l’aspect numérique et quantitatif très commode en apparence, recouvre d’autres phénomènes plus qualitatifs et tout aussi déterminants, tels que la continuité du cadre bâti et le regroupement, dans une même aire, d’activités humaines autres qu’agricoles (habitat, commerce, industrie, éducation, politique, culture, etc.).

 

Généralement, nous définissons le milieu urbain par opposition au domaine rural qui l’entoure. « Les images qui l’évoquent, comme le disait Georges Chabot, ne peuvent tromper (l’observateur) : rues pavées et soigneusement bordées de trottoirs, maisons qui se serrent les unes contre les autres et s’étirent en hauteur pour économiser l’espace… » [1]. En 1966, la Conférence de Prague a exigé qu’au moins l’un des trois critères suivants soit satisfait pour qu’un lieu puisse dépasser le rang de hameau ou de village et prétendre au statut de ville :

 

- une concentration d’habitations dont la distance qui sépare les unes des autres ne devrait excéder 200 mètres ;

- un établissement humain d’au moins 10 000 habitants ;

- un regroupement comprenant entre 2 000 et 10 000 âmes dont l’activité agricole ne dépasse pas 25 % de leurs occupations.

 

Une décennie plus tard, l’organisation des Nations unies est venue clarifier davantage ces critères en introduisant le concept de continuité du bâti dont elle précise les caractéristiques. La ville serait ainsi définie comme un ensemble d’habitations regroupées de sorte « qu'aucune ne soit séparée de la plus proche de plus de 200 mètres en Europe (et) 500 mètres dans les pays neufs où le système de peuplement est plus lâche. » [2] Toutefois, malgré ces précisions, les réponses, très souvent statistiques – relevant d’une vision on ne peut mécaniste de l’espace urbain – que cette définition tente d’apporter, demeurent insuffisantes au regard de la géographie urbaine. Celle-ci en rajoute d’ailleurs des critères supplémentaires, liés à l’évolution de la population dans un territoire bien délimité, ses modes de vie et l’influence de son activité économique, pour donner un sens beaucoup moins « réducteur » au phénomène. À ces éléments moins quantitatifs de définition, Georges Chabot [3] en propose d’autres relatifs à la fois à l’histoire qui permet de nuancer, voire de corriger dans certains cas la rigidité des chiffres, au droit administratif qui octroie à la ville certains privilèges et servitudes l’opposant à la campagne, et à la perception du paysage qui, malgré l’absence d’une nette frontière entre le cadre urbain et le milieu rural, aide néanmoins à distinguer relativement bien ces deux univers...

 

Cela dit, il convient de préciser qu’en termes d’espace, le fait urbain reste tout de même très restreint. Il ne concerne, en effet, que 15 % environ de la surface des continents. Il est, en revanche, le plus densément occupé. En 2007, selon des données publiées par la Banque mondiale, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, la population urbaine avait devancé en nombre celle qui habite les campagnes. C’est dire qu’en moins de trois siècles, la terre a connu d’énormes mutations. Elle devient désormais de plus en plus urbaine. En effet, la population mondiale qui vit dans les villes est passée de près de 47 millions vers 1700 (soit un taux d'urbanisation de l’ordre de 8 %) à 75 millions vers 1800, et à 335 millions en 1910 (taux d'urbanisation d’environ 19 %). À peine quatre décennies plus tard (1950), elle a doublé pour se fixer temporairement aux alentours de 724 millions d'individus (soit l’équivalent de 33 % de la population totale). En 1980, elle est passée à environ 1,806 milliard de personnes et a atteint 3,15 milliards vers l’an 2005.

 

Cette croissance fulgurante a fait en sorte qu’aujourd’hui, un humain sur deux habite dans une ville et un septième de la population mondiale vit désormais à l’intérieur des limites d’une agglomération urbaine de plus d’un million d’habitants. La répartition géographique de cette population urbaine dans le monde ne se fait pas de façon égale d’une région à l’autre. L’Asie compte 49 % de citadins dont 16,9 % essentiellement en Chine. En Europe, seulement 16,7 % s’y concentrent. Les Amériques hébergent environ 22 % et le continent africain abrite un peu plus de 11 %. Par ailleurs, depuis un peu moins d’un demi-siècle, la majorité des personnes vivant en ville est observée dans des pays sous-développés. En outre, leurs taux moyens annuels de croissance est, lui aussi, très variable : très faibles en Europe et au Japon (0,1 %), faibles en Amérique du Nord et en Australie (1,4 %), modérés en Amérique latine (1,9 %), forts en Asie (2,6 %) et très forts en Afrique subsaharienne (3,6 %). Dans les agglomérations de ce continent, le rythme de cette croissance est deux fois plus élevé qu’il ne l’était dans les villes d’Europe occidentale en pleine phase d’industrialisation durant la seconde moitié du XIXe siècle. [4]

 

À l’aube de 2050, la population mondiale atteindra sans doute 9,3 milliards d’âmes. De cet effectif, 6,3 milliards vivront en ville, contre environ 3,6 milliards aujourd’hui. « Un bond spectaculaire de 72 % en moins de 40 ans ! », a fait remarquer un billet publié par Science & Vie dans son édition de juin 2012 [5] et citant des estimations parues, le 5 avril dernier, dans un rapport des Nations unies sur les perspectives mondiales d’urbanisation.

 

L’avenir de la population urbaine mondiale à l’horizon 2050

Source : P. L., « La population urbaine mondiale va exploser d’ici à 40 ans », in : Science & Vie, № 1137, juin 2012, pp. 26-27.

 

Selon ce rapport [6], qui s’appuie sur l’analyse de données relatives à 5 300 villes, l’Afrique et l’Asie vont connaître le plus fort taux d’urbanisation. À eux seuls, ces deux continents qui compteraient alors 86 % de la croissance démographique au monde, concentreront 56 % de l’essor urbain. Même s’ils resteront encore très ruraux avec 58 % et 65 % de citadins chacun, il n’en demeure pas moins que leurs populations urbaines respectives va augmenter de façon vertigineuse. Celle de l'Afrique va tripler ; elle passera de 414 millions de personnes actuellement à 1,2 milliard en 2050. Celle de l'Asie sera deux fois et demie plus importante qu’elle ne l’est aujourd’hui ; elle passera de 1,9 milliard à 3,3 milliards durant la même période. Déjà, à l’heure actuelle, « environ 52 % des 961 villes ayant au moins un demi-million d'habitants se trouvent pour la plupart en Asie, 25 % d'entre elles étant en Chine » [7] qui ne compte pas moins d’un quart des villes les plus peuplées au monde. Les villes africaines en particulier afficheront des taux de croissance record qui varieront entre 200 et 600 %, et entraineront d’énormes conséquences sur la vie de leurs habitants. En effet, si cette urbanisation accélérée leur offrira une opportunité d’accéder à nombreux services, tels que l’éducation et les soins de santé, elle ne sera pas non plus sans poser aussi un certain nombre de problèmes, notamment en matière d’emploi, de logements, d’infrastructures et d’énergie. Elle engendrera enfin la croissance des bidonvilles et son corollaire, la détérioration de l’environnement urbain.

 

Au Nord, en revanche, les populations continueront à vivre majoritairement en ville : 82 % pour les Européens et 90 % pour les Australiens, les Néo-Zélandais et les Nord-Américains. Toutefois, dans quelques pays, notamment en Europe de l’Est, un recul sera nettement observé. Plusieurs d’entre eux verront, en effet, leurs populations urbaines respectives décliner, comme au Japon (-7,5 %), en Russie (-1,8 %), en Ukraine (-8,9 %) et en Bulgarie (-14,3 %) [8].

 

Notes

 

[1] Georges Chabot, Les villes. Aperçu de géographie humaine, Paris : Librairie Armon Colin, 1952, 2nd éd., p. 7.

[2] Jacques Bonnet, « Ville. Le fait urbain dans le monde », in : Encyclopaedia Universalis, disponible en ligne à l’adresse web suivante : http://www.universalis.fr/encyclopedie/ville-le-fait-urbain-dans-le-monde/.

[3] Georges Chabot, op. cit., pp. 8-16.

[4] Jacques Bonnet, op. cit.

[5] P. L., « La population urbaine mondiale va exploser d’ici à 40 ans », in : Science & Vie, № 1137, juin 2012, pp. 26-27.

[6] Lire : « Urbanisation : l'Afrique et l'Asie vont connaître la plus forte croissance », disponible à l’adresse Internet suivante : http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=27945.

[7] Lire : « La Chine compte un quart des villes les plus peuplées du monde », disponible en ligne à l’adresse web suivante : http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=21557&Cr=villes&Cr1=.

[8] P. L., « La population urbaine mondiale va exploser d’ici à 40 ans », in : Science & Vie, op. cit., p. 26.

 

Quelques références sur le sujet

 

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Mots clés : urbanisation, population urbaine, croissance, démographie, ville, Afrique, Asie, 2050…

 

Pour citer cet article

 

Azzedine G. Mansour, « Population urbaine mondiale à l’aube de 2050 », in : Libres Expressions, 24 mai 2012 (http://azzedine-gm.blog4ever.com/blog/lire-article-501249-9339578-population_urbaine_mondiale_a_l_aube_de_2050.html).


31/05/2012
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