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Monde arabe & Islam


TERRORISME ET FONDAMENTALISME RELIGIEUX

L'ordre des Assassins / Al-Hashashines...

Azzedine G. Mansour - 11 novembre 2015

 

C'est incroyable comment certains écrits parviennent à transcender le temps et rester toujours d'actualité. Le roman « Alamut », écrit en 1938 par l'auteur slovène Vladimir Bartol (1903-1967), est de ceux-là. Se déroulant à la fin du XIe siècle à Alamut, un nid d'aigle perché sur d'inexpugnables rochers, dans la région du Khorasan (nord de l'Iran), alors province du très vaste empire Abbasside, il relate l'histoire de la secte fondamentaliste des « Hashishins » ou « Hashashines » (littéralement : « consommateurs de hashish » que l'on a improprement traduit par « Assassins »). Fondée par Hassan ibn al-Sabbah, surnommé le « Vieux de la Montagne » (Chaykh al-Jabal), cette secte chiite ismaélienne des Nizârites occupa, dès 1090, cette inaccessible forteresse d'où ses adeptes, appelés « fedayins », menèrent des opérations suicides contre les Turcs seldjoukides, partisans d’un sunnisme orthodoxe, qui contrôlaient à cette époque l'empire Abbasside.

 

Faut-il faire ici une remarque sur le nom de cette secte ? On appela ses fidèles « Hachâchîne » parce que l'on pense qu’ils consommaient du hachich pour plusieurs raisons :

 

1 - d'abord, pour atteindre l’extase ;

2 - ensuite, pour ne pas faiblir au moment de l’exécution de leurs attentats ;

3 - et, enfin, pour rester sous l'emprise de leur Grand Maître.

 

On croit également que le mot « hachâchînes » (pluriel de « hachâch ») a donné « assassins » en raison d'une déformation d'ordre phonétique chez des voyageurs étrangers qui ont tenté de prononcer ce mot. Cette interprétation est aujourd'hui fortement contestée.

 

De plus en plus, on pense que l'appellation provient davantage du substantif arabe et/ou persan « assâs » (qui signifie « fondement ») ou de l'adjectif « assâssi » (dont l'équivalent en langue française est « fondamental »). On rapporte également que Hassan ibn al-Sabbah, lui-même, utilisait le terme « assassiyoun » (« fondamentalistes », c'est-à-dire ceux qui sont fidèles au « fondement » de la foi musulmane) pour désigner ses partisans et les différencier, par conséquent, des autres adeptes de l'islam... Un peu comme le mot « islamistes » aujourd'hui (en arabe : « islamiyyoun ») qui renvoie à ces musulmans militant pour un islam politique.

 

Pour en savoir davantage sur cette secte, je réfère les lecteurs de cette page à quelques ouvrages qui lui sont entièrement consacrés :

 

1 - Bernard Lewis, The Assassins: A Radical Sect in Islam, 1ère édition : 1967-1968, Londres : Weidenfeld &  Nicolson / New York : Basic Books Inc., 2ème éd. : 2003, 143 p. (trad. fr. : Annick Pélissier, préf. : Maxime Rodinson), Les Assassins : terrorisme et politique dans l'islam médiéval, Bruxelles : éd. Complexe, Coll. : « Historiques » (no. 3),‎ , 208 p.
2 - Edward Burman, The Assassins: Holy Killers of Islam, Londres : Thorsons Publishing Group, 1987, 108 p.

3 - Marshall G. S. Hodgson, The Order of Assassins, La Haye, 1955.

4 - Wladimir Ivanow, Alamût and Lamasar, Association ismaélienne, Téhéran, 1960

5 - Henry Corbin, Huitième Centenaire d’Alamût, Paris : Mercure de France, 1965.

6 - Christine Millimono, La secte des Assassins : XIe-XIIIe siècles. Des martyrs islamiques à l'époque des croisades, Paris : L'Harmattan, Coll. : « Comprendre le Moyen-Orient »,‎ , 262 p.

7 - Jean-Claude Frere, L'ordre des Assassins, Paris : Celt, 1973.

8 - J. de Hammer, Histoire de l'ordre des Assassins, 1850 env., (trad. fr. : J. Hellert et P. A. de La Nourais, Paris : Le Club français du livre, 1961.

 

Enfin, « Alamut » de V. Bartol, qui vient d'être réédité en version française (trad. : Andrée Lück-Gaye, Phébus, Coll. : "Libretto", 580 p.), peut être lu de plusieurs façons : tout d'abord, comme un fantastique conte persan où les aventures se mêlent aux intrigues ; ensuite, à titre de métaphore qui permet de se faire une idée des organisations closes où les membres sont entièrement soumis au dictat d'un gourou ; et, enfin, tel un roman « prémonitoire » de ce qui se passe aujourd'hui dans certains milieux fondamentalistes religieux. C'est ce troisième degré de lecture qu'un compte rendu, paru dans l'hebdomadaire français « L'Express » (no. 3201, 7 novembre 2012, p. 122 ; lire le texte ci-dessous) a largement privilégié...

 

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Mots-clés : Assassins, secte, islam, chiisme, terrorisme, Khorasan, Iran, Nazarites, Sabbah,...

 

Pour citer cet article :

 

Azzedine G. Mansour, « Terrorisme et fondamentalisme religieux. L'ordre des Assassins », in : Libre Expression, 11 novembre 2015 [http://azzedine-gm.blog4ever.com/terrorisme-et-fondamentalisme-religieux].


12/11/2015
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Guerre d’Algérie et l’exode des pieds-noirs.

Remettre les pendules à l’heure…

Azzedine G. Mansour – 9 avril 2012

 

En France, la commémoration du 50ème anniversaire de l’indépendance de l’Algérie est marquée par un programme sans précédent qui cherche à imprégner durablement la mémoire les nouvelles générations et forger chez elles une vision qui ne s’écarterait pas trop du discours officiel tenu jusque-là sur ce qui s’est passé pendant 132 ans sur l’autre rive de la Méditerranée. Films, documentaires, expositions, colloques, livres, éditions spéciales de magazines et un nombre impressionnant d’articles, etc. viennent souligner à grand renfort cette importante date.

 

Le conflit commence le 1er novembre 1954. Le Front de libération nationale (FLN) déclenche alors la lutte pour l'indépendance. L'armée coloniale française multiplie ses opérations à l'échelle de tout le territoire algérien, comme ici en Kabylie en 1955.

 

La plupart d’entre eux ont veillé à ne pas déborder la ligne qu’a implicitement tracée le ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, lorsqu’il déclara à la mi-janvier devant l’assemblée nationale de son pays que le gouvernement français s’est mis d’accord avec son vis-à-vis algérien sur le principe de célébrer cet événement « dans un esprit de modération, en évitant les extrémismes de tous bords » et « de regarder le futur, en essayant de fonder la relation franco-algérienne sur l’avenir et non sur le passé. » [1] Mieux encore, leurs contenus respectifs ne s’écartaient guère de la version officielle, demeurant ainsi « compatibles, comme le constatait Abed Charef, avec le discours traditionnel de la droite française » [2], discours qui se résume en quelques phrases phares à laquelle nous sommes tant habituées : la guerre d’Algérie fut marquée par des excès des deux côtés ; la France a écrasé militairement l’insurrection nationaliste mais la décolonisation s’imposait d’elle-même ; « une bonne partie des Algériens étaient attachés à la France mais le radicalisme du FLN les a empêchés de jouer à fond la carte de la fraternité ; le FLN défendait a utilisé un moyen injustifiable, le terrorisme ; le jusqu’auboutisme des colons a empêché tout compromis ; la guerre a été une succession de rendez-vous ratés, etc. » [3]

 

D’autres, en revanche, produits par des auteurs nostalgiques de l’Algérie française et frustrés d’avoir perdu une colonie, ses richesses, ses terres, ses esclaves, etc., défendent des thèses fascistes très proches de l’OAS et se refusent d’admettre que le colonialisme est hideux, abominable et condamnable sans appel. Leurs voix s’élèvent ainsi dans le but de culpabiliser les Algériens d’avoir engagé une violence contre des pieds-noirs et des harkis présumés innocents. Parmi les productions de cette catégorie, deux restent retiennent particulièrement l’attention et méritent des commentaires visant à « remettre les pendules à l’heure ».

 

La guerre d’Algérie et la présumée « invasion barbare » de l'Occident

 

Le premier texte est une interview que le Dr Jean-Claude Pérez, ancien membre de l’État-major de l’OAS, a accordée à Fabrice Dutilleul [4]  à l’occasion de la parution de son dernier ouvrage : « L’assassinat de l’Algérie française, terreau de la conquête islamiste actuelle » [5], dans lequel il développe l’idée farfelue d’un « péril arabo-islamiste » à l’assaut du monde. Faut-il rappeler ici, pour ceux qui le ne connaissent pas, que Jean-Claude Pérez est Français d'Algérie d'origine espagnole, né en 1928 à Bougie sur la rive sud de la Méditerranée. Il fut l'un des chefs historiques de l’Organisation armée secrète (OAS), une organisation terroriste armée qui s’est opposée à la décolonisation en commettant les pires crimes (attentats, assassinats, enlèvements, sabotage, etc.), d’une part, contre la population algérienne autochtone majoritairement en faveur de l’indépendance et, d’autres part, contre des personnalités politiques, des fonctionnaires du gouvernement français, des intellectuels et des organes de presse favorables à une négociation avec le Front de libération nationale (FLN), en Algérie comme en métropole. Son parcours de militant pour l’Algérie française et pour le maintien de l’ordre colonial en Afrique du Nord l’a amené de l’ORAF (Organisation de la résistance de l'Algérie française) à l’ORO (Organisation-Renseignement-Opération) puis au commandement de l’OAS où il joua un rôle capital. Il a, à ce titre, les mains tâchées du sang de milliers de victimes de la terreur dont il a été en partie l’instigateur...

 

Opposée à l'indépendance et partisane du maintien de l'ordre colonial en Algérie, l'Organisation armée secrète (OAS) multiplie attentats, assassinats, enlèvements, sabotage, etc., comme ici au port d'Alger, le 2 mai 1962, où elle fait exploser une voiture piégée faisant 110 morts et plus de 150 blessés parmi les dockers...

Source : Les Cahiers de l'Express, Hors-série : Guerre d'Algérie (1954-1962), № 11, mars-avril 2012, p. 75.

 

Avec ce nouveau « torchon », dans le sens d’écrit sans valeur, qui offre une conception manichéenne du monde d’hier et d’aujourd’hui – Pérez en a produit plusieurs –, il tente de donner un autre sens au terrorisme de son organisation et déguiser les horribles crimes dont elle s’est rendue coupable en lui faisant porter une nouvelle toge, celle d’un prétendu « combat » pour la liberté d’un monde confronté à une hypothétique « soumission programmée aux exigences des ‘Épîtres jihadiens’ », pour ne citer ici qu’une seule des énormes inepties auxquelles il a souvent habitué ses lecteurs. Faisant une fixation quasi obsessionnelle sur la perte irréversible de son « Algérie française », fixation qui semble s'imposer d’ailleurs à son esprit de façon itérative et incoercible si bien qu’elle frise quelque peu la schizophrénie et provoque chez lui une ambivalence de pensées doublée d’une perte manifeste de contact avec la réalité, il cherche à inscrire les actions de terreur, menées il y a plus de cinquante ans par l’OAS sur la terre algérienne, dans le cadre d’« une révolution universelle que le monde actuel (serait) en train de vivre » face à une présumée menace de plus en plus invasive de l’idéologie arabo-islamiste « qui voudrait, selon lui,  imposer la charia à l’humanité » tout entière. Avec un tel raisonnement dont la succession des idées souffre manifestement d’une incohérence pour le moins insolite, les sept années de guerre de libération de l’Algérie (1954-1962) n’aurait été qu’une « étape » de cette menace globale, alors que les actes terroristes de l’OAS auraient fait, eux, partie d’« un combat annonciateur des confrontations actuelles et futures qui (nécessitent) une résistance organisée et fédérée, disait-il, de l’Occident chrétien contre l’opération d’invasion tentaculaire et permanente conduite, à l’échelon universel, par l’arabo-islamisme fondamentaliste ».

 

Cet illogisme exécré et exécrable, qui n’a d’égal que la mauvaise foi dont J.-C. Pérez nous a habitué dans ses vaines tentatives de « réécriture » de l’histoire, exploite à fond la très lucrative et non moins ridicule thèse du « péril vert » et démontre combien cet extrémiste partisan d’une éternelle domination française de l’Algérie ne parvient toujours pas à admettre, un demi-siècle plus tard, que cette terre et son peuple connaissent désormais – et fort heureusement d’ailleurs – un autre destin que celui auquel l’abominable colonialisme les avait soumis pendant plus de 130 ans. Il illustre également combien ce pauvre homme, tenaillé au plus profond de lui par une nostalgie obsédante d’une ère pourtant révolue, est incapable non seulement de percevoir la guerre d’Algérie comme l’expression ultime d’un peuple meurtri qui cherchait à se libérer du joug aliénant et avilissant d’un système colonial abjecte, mais de regarder aussi l’issue de ce terrible conflit et la décolonisation autrement que comme une « capitulation » d’un occident « civilisé » devant un orient à la fois « barbare » et hégémonique. « Inaugurée, selon lui, par (le général) De Gaulle à Évian, les 18 et 19 mars 1962 », cette capitulation, qu’il impute également – et de façon on ne peut ridicule – « au capitalisme financier international (…) soumis (lui-aussi) à l’argent liquide des grandes banques arabes », aurait été, selon lui, « l’événement souche des drames actuels et futurs » du monde occidental en général et de la France en particulier. Épousant bêtement et sans nuance le discours anti-arabe de l’extrême-droite française, il laisse croire que « l’incertitude que connait (aujourd’hui la république sur tous les plans : économique, social et politique, son) appauvrissement (…) et le comportement (prétendument) invasif d’émigrés animés d’une volonté de conquête », sont étroitement liés à la décolonisation et, par conséquent, à ce qu’il appelle improprement la « défaite de la France gaulliste en Algérie » dont la conséquence fut la perte de son « Algérie française ».

 

Un tel discours n’étonne guère surtout quand il émane d’un esprit aussi tourmenté et exalté que celui d’un extrémiste dont les actes terroristes ont été à l’origine de l’exode de milliers de pieds-noirs au lendemain des Accords d’Évian. C’est à cause de son entêtement en faveur du maintien d’une Algérie française, vouée pourtant à disparaître puisqu’elle incarnait le modèle même de la ségrégation et de l’injustice, que le fossé s’est élargi davantage entre deux communautés qu’une Algérie nouvelle avait toutes les chances de rassembler pour le bien de tous. En effet, au lieu d’entendre la voix de ses compatriotes répéter dans tous les cafés d’Alger : « Après tout, pourquoi pas ? Puisque la France ne veut pas de nous, pourquoi vouloir rester Français à tout prix ? Cela fait plus de cent trente années que nous vivons avec eux, pourquoi ne pas continuer ? Nous serons Algériens au lieu d'être Français. Qui sait si cela ne vaut pas mieux ? » [6], lui et son OAS choisirent la violence, le sabotage et la terreur : « mettre Alger à feu et à sang, faire de Bab-el-Oued un nouveau ghetto », comme le relatait Gilles Camille [7]. De la même façon, à la main tendue d’Abderrahmane Farès qui assurait à son interlocuteur Jean-Jacques Susini que « l’Algérie de demain est prête à accueillir tous les hommes de bonne volonté et à oublier le passé, pour repartir sur des bases solides » [8], ils opposèrent leur impardonnable politique de la « terre brûlée » et commirent des crimes racistes qui ont nourri une haine indescriptible entre les communautés… Cette « folie » meurtrière d’un extrémiste qui cherche aujourd’hui à se réhabiliter aux yeux des pieds-noirs et du monde entier en se faisant passer pour un résistant d’une présumée chrétienté menacée, était lourde de conséquences.

 

La guerre d’Algérie et la prétendue « épuration ethnico-religieuse »

 

Le deuxième texte est une « analyse » concoctée par un certain Michel Gurfinkiel et publiée dans une des éditions de Valeurs Actuelles [9]. J’ai mis analyse entre guillemets de façon intentionnelle, car force est de constater que ce mot dont la signification fait pourtant référence à un examen minutieux d’une situation en vue d’en dégager des éléments d’explication reconnus pour vrais, devient, de nos jours, un terme fourre-tout que de nombreux journalistes emploient hélas très souvent afin d’ajouter à leurs articles le soupçon de crédit qui leur fait défaut. Bien que Gurfinkiel consacre ici son papier à la tuerie de Toulouse dont l’auteur est un pur produit de la société française et de ses banlieues, il trouve quand même le moyen de s’aventurer dans des digressions à la fois insidieuses et perfides à la recherche d’un sens à donner coûte que coûte à cette folie meurtrière. Imprégnée d’un esprit superstitieux des plus infâmes qui voit partout des « coïncidences » et des « signes du destin », sa réflexion franchit la Méditerranée et va dénicher de l’autre bord un lien d’ordre temporel, d’une absurdité qui laisse pantois, entre le destin des victimes toulousaines de ce crime ignoble et le sort des colons européens à la fin de la guerre d’Algérie. « Autre coïncidence, écrit-il, – et autre signe de destin : l’attentat antijuif de Toulouse a eu lieu le 19 mars 2012, cinquante ans jour pour jour après la signature d’un ‘cessez-le-feu’ entre la République et le FLN qui devait conduire, certes, à l’indépendance de l’Algérie, le 3 juillet suivant, mais aussi à une épuration ethnico-religieuse qui contraignit à l’exil tous les Algériens non musulmans (chrétiens ou juifs) ; et qui fut, pour les Algériens musulmans qui avaient choisi la France, une condamnation à mort. » [10]

 

À la place de se déclarer choquer par l’horrible génocide que fut la colonisation de l'Algérie et ses conséquences sur la vie d’un peuple autochtone qui a été injustement dominé et maintenu au statut de sujet pendant plus d’un siècle, l’auteur préfère plutôt se lamenter sur le sort d’une poignée de privilégiés au sens citoyen du terme qui ont lié leur destin à celui de l’abominable France coloniale. Pire encore, il tient à ce sujet des propos qui véhiculent des contrevérités pour le moins inacceptables et déforment la réalité telle qu’elle a été vécue vers la fin de la guerre de libération nationale. Faut-il préciser ici que les « Algériens non musulmans » auxquels il fait référence, appelés également « Pieds-Noirs » ou « Français d’Algérie », étaient les descendants de colons de souche européenne qui sont venus s’installer, dès 1835, dans un pays qui ne leur appartenait pas, et incluaient, au gré du bon vouloir de l’ordre colonial, une minorité juive établie depuis plus longtemps. Ne représentant qu’à peine un dixième (environ 1 million) de la population algérienne qui comptait, à la veille de l’indépendance, plus de 9 autres millions d’habitants de confession musulmane, cette minorité dominante s’est opposée par tous les moyens à l’autodétermination d’un peuple longtemps assoiffé de justice, d’égalité et de liberté, lui refusant ainsi l’accès à l‘une ou l’autre des trois possibilités que cette autodétermination pouvait offrir : la francisation (un seul pays réunissant la France et l'Algérie et dont tous les citoyens ont les mêmes droits), l'autonomie (une fédération entre la France et l'Algérie) et la sécession (conduisant à l'indépendance du pays). Elle déniait, par le fait même, à la majorité dominée tout droit de s’affranchir de l’abominable ordre colonial auquel elle fut soumise pendant 132 ans.

 

En effet, la plupart de ces « Algériens non musulmans », comme il les prénomme, avait choisi le camp de l’Algérie française et cherché, par conséquent, à condamner le reste des Algériens musulmans au statut de l’indigénat. L’idée qu’un jour, ils seraient amenés à cohabiter d’égal à égal avec « ces êtres inférieurs » leur était insupportable. Ils préféraient les garder continuellement à leur service pour une bouchée de misère plutôt que de les voir promouvoir au rang de citoyens à part entière. Avec une mentalité aussi exécrable – c’est le moins que l’on puisse dire –, il n’est pas surprenant qu’une bonne partie d’entre eux ait lié son destin à celui des terroristes sanguinaires de l’Organisation armée secrète (OAS) ou soutenu leur politique de « terre brulée » et de terreur envers les musulmans majoritairement partisans de l’Algérie indépendante. Cette alliance entre l’OAS et la population européenne d’Algérie, dont une majorité craignait de perdre ses privilèges et d’être amenée, par conséquent, à partager une même citoyenneté avec des « indigènes » au statut inférieur, n’est pas une vue de l’esprit. Elle fut réelle comme le faisaient entendre les propos tenus par Marc-Jean Lauriol, député d’Alger, dans sa déposition à l’audience du 19 mai 1962 du procès contre le général Salan (15 au 23 mai 1962) : « l’OAS, disait-il, est née de la population algérienne (de souche européenne) (…) Cette OAS est tellement diluée dans la population » [11]. Cette déclaration qui ne laisse subsister aucun doute sur le soutien indéfectible des pieds-noirs aux activités terroristes de l’OAS fut réitérée à sa manière par Jean-Marc Kalflèche, avocat à la Cour d’Alger, dans sa déposition à l’audience du 21 mai 1962 : « il y a, précisait-il, un peu plus d’un million d’Européens en Algérie et, si l’on compte ceux des Musulmans qui nous étaient demeurés fidèles, on peut en mettre un peu plus d’un million aussi (…) l’OAS, c’était tout cela. » [12] C’est précisément cette frange de pieds-noirs impliqués directement et/ou complices des crimes commandités par Raoul Salan, Jean-Jacques Susini, Jean-Claude Perez et consorts qui a subi, dans les faits, la colère et la violence des « autochtones » au lendemain des Accords d’Évian. C’est également cette catégorie de pieds-noirs « qui, au nom de l’OAS, ont chassé les musulmans, comme le rappelait Guy Pervillé, des quartiers européens par des meurtres en série et les ont harcelés dans leurs quartiers par des bombardements de mortier ou des explosions de voitures piégées » [13]. Contrairement à ce que l’on peut raconter, la violence, à la fois spontanée et non concertée qui s’en est suivie, s’exprimait en réaction à ces multiples attentats commis à l’égard de la majorité musulmane et ciblait essentiellement les activistes de de l’OAS (deux-tiers de la liste connue de ses membres étaient des civils volontaires), leurs familles et leurs sympathisants parmi la population européenne. On ne peut d’aucune façon l’assimiler à la prétendue « épuration ethnico-religieuse » dont parle l’auteur.

 

Le reste dont la vie n’a jamais été mise en danger se divisait en revanche en trois groupes relativement distincts :

 

- d’abord, ceux qui se sont engagés dans la lutte pour l'indépendance en soutenant le FLN contre l'armée française ; ils étaient une minorité, plutôt de gauche, et ont souffert de la terrible répression des autorités françaises : certains d’entre eux ont été victimes d’attentats perpétrés par l’OAS ; plusieurs ont été internés sans jugement dans des camps de l’armée française ; quelques-uns ont même été exécutés alors que d’autres sont restés en Algérie plusieurs années après l’indépendance. Ils ont participé, chacun selon ses propres compétences, à l’édification des institutions de l’Algérie nouvelle ;

 

- ensuite, ceux qui refusaient d’adhérer aux idées fascistes de l’OAS et n’approuvaient pas ses actions meurtrières et dévastatrices. Ils ont choisi de rester en Algérie et n’ont jamais été inquiétés. Plusieurs d’entre eux ont occupé des postes clés dans les différentes administrations de l’Algérie indépendante ;

 

- et enfin, ceux qui partageaient les idées de l’OAS mais n’avaient toutefois pas les mains tâchées du sang des victimes algériennes. Plusieurs d’entre eux ont pris panique et ont quitté le pays pour aller s’installer sur l’autre rive de la Méditerranée. D’autres, en revanche, sont restées sur place plusieurs années après l’indépendance et n’ont fait l’objet d’aucune tentative de représailles de la part des Algériens musulmans.  

 

De nombreux historiens affirment qu’une proportion non-négligeable (un peu plus de 20 %) de ces pieds-noirs est restée en Algérie au lendemain de la guerre. On estimait leur nombre à environ 200 000 personnes en octobre 1962 et entre 50 000 et 60 000 au 31 juillet 1965 [14]. Le journaliste Pierre Daum qui, en 2008, cherchait à savoir que sont-ils devenus, rappelait que « sur le million de (de population de souche européenne) que comptait l’Algérie coloniale (pour neuf millions et demi de musulmans), cent cinquante mille sont partis avant 1962 et six cent cinquante et un mille pendant l’année 1962. » [15] Après cette date, les départs étaient motivés par d’autres raisons qui n’avaient plus rien à voir avec les craintes réelles ou supposées de représailles. Certains, dont toute la famille et les amis étaient partis, se sentaient seuls et finissaient par aller les rejoindre. « D’autres (ont quitté parce que), ayant perdu leur clientèle, n’ont jamais réussi à relancer leurs affaires. Des vieux, dont les enfants vivaient en France (…) (décidaient de partir également car, en raison de leur âge) (…) avaient du mal à s’en sortir seuls (…) Et puis, il y a tous ceux qui sont morts de vieillesse. » [16] Vers la fin des années soixante, avec la réforme agraire qui visait la répartition les terres arables de façon équitable à tous les Algériens et la nationalisation des grands domaines fonciers indistinctement appliquée à l’ensemble des propriétaires terriens aussi bien musulmans que non musulmans, plusieurs Pieds-Noirs, restés jusque-là en Algérie, ont préféré retourner terminer leurs jours en France. À partir du début des années soixante-dix, leur effectif devenait de plus en plus imprécis parce que leur « histoire (…) n’a pas été écrite », comme le constatait Benjamin Stora. Les sources avancent des chiffres très souvent contradictoires. En 1979, Daniel Junqua, alors journaliste au quotidien français Le Monde, estimait leur nombre entre 3 000 et 4 500 personnes dont la moyenne d’âge se situait aux alentours de 70 ans [17]. En 1993, ils auraient été 30 000, selon Hélène Bracco [18]. Aujourd’hui, leur nombre se situerait autour de 4 500, selon Guy Bonifacio, président de l’Association des Français de l’étranger (ADFE) d’Oran, et pas plus de 300, selon le Consulat de France à Alger [19].

 

La guerre d’Algérie et le mythe de « la valise et le cercueil »

 

Je ne voudrai pas laisser passer ici l’occasion sans glisser quelques mots sur la mythe de « la valise ou le cercueil » que les pieds-noirs évoquaient à posteriori pour justifier leur départ précipité d’Algérie. De l’avis de nombreux historiens, l’origine exacte de cette fameuse expression est très confuse. Beaucoup l’attribue à l’OAS, dont « les crimes racistes ont creusé un fossé de haine infranchissable entre les communautés », comme le rappelait Guy Pervillé [20], alors que d’autres l’imputent volontiers aux nationalistes algériens et plus exactement aux « radicaux » du FLN qui luttaient pour l’indépendance du pays et ne cessaient d’appeler « les Algériens d’origine européenne ou juive à soutenir (leur) action pour mériter leur place dans l’Algérie future » [21]. Dans son article, intitulé : « La valise ou le cercueil : un aller-retour dans la mémoire des pieds-noirs », Amy L. Hubbell a tenté de retracer son histoire [22]. Sa quête, qui ne présente toutefois que la version des prétendues « victimes » de ce slogan et occulte complètement celle de ses présumés « auteurs », la fait remonter au lendemain de la Seconde guerre mondiale. Ainsi, il semblerait qu’il fut évoqué pour la première fois, en 1946, par un écrivain français, Paul Reboux, rendu célèbre pour ses pastiches littéraires [23]. Il figurait, en effet, dans le titre d’un de ses ouvrages intitulé : « Notre (?) Afrique du Nord : Maroc, Algérie, Tunisie. La valise… ou le cercueil » et où l’on peut lire : « Tandis que ronronne le moteur, je suis obsédé par une petite inscription que l’on a pu voir sur les murs de certaines villes d’Algérie : la valise… ou le cercueil ! Voilà les cordiaux conseils, voilà les aimables avertissements donnés par certains indigènes aux Européens, et lisibles sur les murs, tracés au goudron, charbonnés, peints à l’huile, ou même imprimés sur ces petits papillons de papier dont usent les propagandistes. »

 

Rien dans ces propos ne dit que cette expression n’ait pas été inventée tout simplement par l’auteur lui-même. Rien ne laisse présumer également qu’elle constituait un mot d’ordre ou une consigne commune à l’ensemble des Algériens musulmans. Aucun indice n’est fourni aussi sur l’identité de ses présumés auteurs. Paul Reboux est très imprécis. Il parle de « certains indigènes » sans fixer pour autant leur nombre ni préciser leur identité. En outre, rien non plus dans ses propos ne mentionne les destinataires de cet avertissement. Ce slogan visait-il la population européenne tout entière ou était-il destiné uniquement aux soldats des forces coloniales impliqués dans les répressions sanglantes des « indigènes » et les massacres du 8 mai 1945 ? Tout laisse croire que ces derniers en étaient particulièrement visés. En tout cas, dans ses « Mes mémoires » [24], publiées dix années plus tard, les propos de Paul Reboux privilégient plutôt cette piste : « voilà, écrit-il, pourquoi il faut renoncer à l'Afrique du Nord, et faire notre valise si nous ne voulons pas que l'Algérie, la Tunisie et le Maroc se garnissent de cercueils contenant des soldats français. »

 

Par ailleurs, il convient de préciser également que l’origine de ce slogan ne fait pas l’unanimité au sein de la communauté des pieds-noirs. Le général Maurice Faivre, connu pour avoir recruté de nombreux harkis durant la guerre de libération nationale, prétend que ce simple slogan, qui aurait supposément mis toute la population européenne d’Algérie en émoi et semé chez elle tant de terreur à tel point qu’elle quitta précipitamment « le pays de ses ancêtres », serait apparu à Constantine dans un tract datant de 1946. Il aurait été, selon lui, forgé et diffusé par un « courant populiste des nationalistes (algériens) les plus radicaux, dont l’un des représentants, Ben Tobbal, exigeait le rejet des Européens, à l’exception des juifs. » [25] Jean-Pierre Bartolini, rédacteur de la petite gazette électronique La Seybouse, abonde presque dans le même sens, mais attribue ce slogan à un tout autre acteur. Dans une lettre [26] adressée à Amy L. Hubbell, il incrimine en premier lieu le Parti communiste algérien (PCA). Selon lui, cette organisation politique aurait repris à son compte ce mot d’ordre que les communistes espagnoles avaient fait circuler durant la guerre civile en Espagne pour éliminer leurs ennemis idéologiques, que les nazis avaient lancé également contre les Juifs pendant la Seconde guerre mondiale et que les communistes russes avaient donné à leur militants pour chasser leurs ennemis lors de la révolution bolchevique. Si l’on se fie à ce pied-noir de mauvaise foi, qui peine à cacher son mépris le plus absolu à l’égard des indigènes « arabo-berbères » [27], ce « terrifiant » slogan aurait été « prononcé pour la première fois pendant les émeutes de Sétif », Kherrata et Guelma de mai et juin 1945. Ce qu’il appelle ici incorrectement « émeute » fut en réalité une manifestation pacifique à l’origine qui, organisée par le Parti du peuple algérien (PPA) de Messali Hadj, réclamait l’abolition de l’ordre colonial et l’indépendance de l’Algérie. Elle a tourné à l’émeute qui s’est terminée avec la mort de 102 Européens et une répression d’une sauvagerie abominable à l’échelle de tout le Constantinois ayant fait « plusieurs milliers de victimes du côté des Algériens » et non 1 500 morts comme l’annonçait à l’époque le bilan officiel. [28]

 

Pour sa part, l’historien pied-noir Jean Monneret l’impute au PPA. Dans un message destiné à A. L. Hubbell en mars 2007, il prétend que ce parti nationaliste aurait lancé ce mot d’ordre à l’automne 1946 [29] en Kabylie et « visait les Musulmans francophiles, les fonctionnaires et les candidats » aux élections qu’il appelait à boycotter. René Gallissot l’attribue plutôt au Front de libération nationale (FLN) à partir de 1955 [30]. Bartolini, qui collait se slogan au PCA, soutient qu’il fut totalement oublié pendant plus de dix ans puis réapparait soudainement, en 1959, lorsque le général De Gaulle a ouvert la porte à l’éventualité d’une indépendance de l’Algérie.

 

Il est tout de même étonnant de constater qu’à peine 50 ans plus tard, les pieds-noirs, qui lient pourtant leur départ de l’Algérie à ce fameux slogan, ne soient plus en mesure de s’entendre sur son origine, ni sur l’identité de ses présumés auteurs et sa date d’apparition. Cette forme « d’amnésie collective » - c’est le moins que l’on puisse dire – suscite étonnement et interrogations. L’expression de « la valise ou le cercueil » ne serait-elle pas plutôt un mythe construit de toutes pièces par une population qui n’acceptait pas de vivre sous un autre drapeau que celui de leur mère-patrie la France ?  Ne serait-elle pas, en d’autres termes, le fruit d’une représentation déformée et amplifiée tout à la fois de certains événements, que l’imagination collective a élaborée à posteriori pour donner un autre sens à un départ dont la vraie raison, celle de vouloir maintenir un ordre colonial qui leur soit favorable, comme en témoigne ce slogan de l’OAS : « L'Algérie est française et le restera », serait certainement condamnable sur le plan moral ? Peu importe les réponses que l’on pourrait apporter à ces questions, un fait reste néanmoins indéniable : il est inconcevable qu’en 1962, il y ait eu en Algérie un million de pieds-noirs menacés de mort de façon individuelle et l’idée même d’un exode provoqué par un sentiment d’insécurité, réelle ou supposée, relève d’une thèse qui demeure à nos jours très discutable. Les témoignages rejetant totalement cette idée sont nombreux. Aurel et Pierre Daum [31] en ont rapporté plusieurs qui vont tous dans le même sens et que Jean-Bernard Vialin, un Français d’Algérie qui n’a jamais été tenté par cet exode, résume en ces termes : « La grande majorité des pieds-noirs, rappelait-il, a quitté l’Algérie non parce qu’elle était directement menacée, mais parce qu’elle ne supportait pas la perspective de vivre à égalité avec les Algériens ! » [32] Ce motif, que les pieds-noirs tentent d’occulter en évoquant le mythe de « la valise ou le cercueil », revenait sans cesse dans la soixantaine de témoignages recueillis par Hélène Bracco qui, au début des années 1990, a parcouru l’Algérie à la recherche de pieds-noirs encore vivants : « la vraie raison, disait-elle, du départ vers la France se trouve dans leur incapacité à effectuer une réversion mentale. Les Européens d’Algérie, quels qu’ils soient, même ceux situés au plus bas de l’échelle sociale, se sentaient supérieurs aux plus élevés des musulmans. Pour rester, il fallait être capable, du jour au lendemain, de partager toutes choses avec des gens qu’ils avaient l’habitude de commander ou de mépriser » [33].

 

Cela dit, même si aujourd’hui les pieds-noirs sont nombreux à contester l’attribution de ce slogan à l’OAS, il n’en demeure pas moins que les responsables et les membres de cette organisation l’ont exploité de façon tendancieuse en vue de provoquer une vague de panique généralisée chez les Européens et les rallier à leur cause. L’historien Charles Ageron partage ce point de vue. Dans un article consacré aux Accords d’Évian [34], il affirme que « l’OAS a fait plus que saboter (ces) accords (…) Elle provoqua la panique des Européens qui, redoutant de prévisibles représailles, quittèrent par centaines de milliers leur pays natal. L’OAS avait expliqué aux Français les garanties d’Évian par cette formule : ‘Trois ans pour choisir entre la valise et le cercueil, voilà le résultat de trois ans de politique gaulliste’. » C’est cette organisation terroriste qu’il faudrait blâmer aujourd’hui car, en agitant le spectre de « la valise ou le cercueil » et mettant à exécution sa politique de la « terre brûlée », elle « a réussi à (…) contraindre (la plupart des pieds-noirs) à l’exil dans les trois mois qui suivirent le cessez-le-feu ». Gurfinkiel devrait méditer longuement cette vérité et rechercher plutôt ailleurs sa grossière « épuration ethnico-religieuse », notamment dans le système colonial lui-même, en Allemagne nazie ou en France sous le régime de Vichy. Par ailleurs, s’il pense pouvoir culpabiliser les Algériens, en évoquant cette absurdité en ce cinquantenaire de leur indépendance, il se gourait royalement. Car ceux et celles qui ont pris les armes, le 1er novembre 1954, pour mettre fin à l’Algérie française et permettre à l’Algérie algérienne de voir enfin le jour demeurent inébranlables dans leurs convictions d’avoir mené une guerre juste, celle de la libération de leur patrie, et été les auteurs d’« une violence révolutionnaire légitime, comme disait A. Ghezali, que (leurs enfants et plusieurs générations futures) seraient prêts à engager de nouveau si le besoin se fait sentir. » [35] Après tout, cette violence leur a été imposée par la France coloniale qui a occupé leur terre sans leur consentement…

 

Notes

 

[1] Abed Charef, « Nouvelles guerres d’Algérie », in : Le Quotidien d’Oran, 13 mars 2012, disponible en ligne à : http://abedcharef.wordpress.com/author/abedcharef/.

[2] Ibid.

[3] Ibid.

[4] Diffusée par FrancePhi.com et les éditions Dualpha, cette interview fut ensuite publiée par plusieurs sites web, notamment par Medias Libres : http://www.mediaslibres.com/tribune/post/2012/03/19/L-assassinat-de-l-Algerie-francaise.

[5] Jean-Claude Pérez, L’assassinat de l’Algérie française, terreau de la conquête islamiste actuelle, Paris : Éditions Dualpha, coll. : Vérités pour l’Histoire, 550 p.

[6] Gilles Camille, Jésus et ses apôtres, Paris : Julliard, 1973, pp. 297-305, disponible en ligne à l’adresse suivante : http://www.algerie-francaise.org/oas/jesus.shtml.

[7] Ibid.

[8] Ibid. Faut-il rappeler ici que, du côté algérien, de nombreux textes émanant du FLN circulaient à cette époque et appelaient tous les Algériens sans discrimination raciale ou religieuse à l’union. La réconciliation entre tous les enfants sincères de l’Algérie faisait partie des préoccupations du FLN. Lire à ce sujet : Mohammed Harbi, Gilbert Meynier, Le FLN, documents et histoire, 1954-1962, Paris : Fayard, 898 p.

[9] Michel Gurfinkiel, « Le signe du destin », in : Valeurs Actuelles, № 3930, 22 au 28 mars 2012, p. 10.

[10] Ibid.

[11] Cette transcription est publiée dans : Manifestation Pieds-Noirs 2012, sous le titre de : « OAS dernière solution », 3ème Partie, 21 décembre 2011, disponible en ligne à l’adresse web suivante : http://manifpn2012.canalblog.com/tag/fran%C3%A7aise/p30-0.html.

[12] Ibid.

[13] Guy Pervillé, « Le FLN voulait-il des Pieds-noirs ? », interview accordée à : Science et vie, Hors-série : Algérie 1954-1962, la dernière guerre des Français, novembre 2004, pp. 129-140 et 143, une copie de cette interview est disponible à : http://guy.perville.free.fr/spip/article.php3?id_article=161.

[14] Jean-Louis Planche, « Français d'Algérie, Français en Algérie (1962-1965) », in : Les Accords d'Évian : en conjoncture et en longue durée (actes de colloque), Éditions : René Gallissot, 1997, pp. 104-105.

[15] Pierre Daum, « Combien sont-ils ? », in : Le Monde diplomatique, mai 2008, disponible en ligne à l’adresse : http://www.monde-diplomatique.fr/2008/05/DAUM/15872.

[16] Ibid.

[17] Daniel Junqua, Le Monde, 26 juin 1979, cité par : Pierre Laffond, Histoire de la France in Algérie, Paris : Plon, 1980, p. 508.

[18] Citée par : Pierre Daum, « Combien sont-ils ? », op.cit.

[19] Aurel Daum, Pierre Daum, « Sans valise ni cercueil, les pieds-noirs restés en Algérie », in : Le Monde diplomatique, mai 2008, p. 16-17, disponible en ligne à l’adresse web suivante : http://www.monde-diplomatique.fr/2008/05/DAUM/15870#nh8.

[20] Guy Pervillé, « Le FLN voulait-il des Pieds-noirs ? », op. cit.

[21] Par exemple, cette lettre circulaire aux Européens de la wilaya 4, à l’été 1961, qui évoque « l’union de tous les Algériens sans discrimination raciale ou religieuse », « la réconciliation nécessaire entre tous les enfants sincères de l’Algérie » (in Harbi-Meynier, Le FLN, documents et histoire, p. 597).

[22] Amy L. Hubbell, « La valise ou le cercueil : un aller-retour dans la mémoire des Pieds-Noirs », in : Revue Diasporas : histoire et sociétés, № 12, octobre 2008, pp. 199-207.

[23] De son vrai nom Paul-Henri Amillet, Paul Reboux est un écrivain français (1877-1963) qui, outre des romans (Maisons de danses, 1904 ; Romulus Coucou, 1921), des études plus ou moins historiques (Madame se meurt, Madame est morte, 1932 ; la Belle Gabrielle, 1954) et ses essais humoristiques (le Nouveau Savoir-Vivre, 1930), est particulièrement connu pour ses pastiches littéraires (À la manière de..., 1908-1950) dont les premiers furent écrits en collaboration avec Charles Müller. Il est également un touche-à-tout qui a flirté avec la peinture, la critique littéraire et gastronomique, l’univers du roman, des biographies, des récits de voyages, des ouvrages d'histoire naturelle et des livres pour enfants. Sa démarche en pastiche littéraire se résume en trois points : choisir un écrivain connu du grand public, repérer ses thèmes récurrents et en exagérer l'importance. Dans son livre, intitulé : « L'inconnue française : la France et les Belges francophones, 1944-1945 » (p. 209), Catherine Lanneau rappelle, dans une note de bas de page, son parcours professionnel : « Membre, écrit-elle, du comité directeur de L’Art Libre en 1898, il entre au Journal en 1908 et en devient directeur littéraire deux ans plus tard, tout en rédigeant la chronique dramatique L’intransigeant. Chef adjoint de la propagande à la Maison de la presse de 1916 à 1918, il assuma, dans l’entre-deux-guerres, la critique artistique, cinématographique, politique et gastronomique. Dans les années 1930, il écrivit pour Le Petit Parisien et produit des émissions de radio. » Pendant l’occupation nazie, les Allemands lui proposèrent de prendre la direction de Paris Soir alors sous leur contrôle. Il déclina cette offre et s’installa en Algérie de 1945 à 1947. De ce séjour de presque quatre ans à Oran, il tira son : « Notre (?) Afrique du Nord. Maroc, Algérie, Tunisie. La valise… ou le cercueil » (Bruxelles : éditions Chabassol, 1946, 317 p.).

[24] Paul Reboux, Mes mémoires, Paris : Éditions Haussmann (Impr. de Baguenier Desormeaux), 1956.

[25] Maurice Faivre, « Les faits doivent être rétablis à propos du slogan "La valise ou le cercueil" », in : Revue Algerianiste, № 120, décembre 2007, cité par A. L. Hubbell, p., op. cit., p. 203.

[26] Jean-Pierre Bertolini, « La valise ou le cercueil », in : La Seybouse, N° 67, novembre 2007, disponible en ligne à : http://www.seybouse.info/seybouse/infos_diverses/mise_a_jour/maj67.html.

[27] Faut-il rappeler que, dans sa lettre, il n’hésite pas de les traiter à la fois d’ « inintelligents » et d’« arriérés dans leur grande majorité, avec des pratiques ancestrales de (…) barbarie, (n’ayant) pas connu ou profité des bienfaits de la colonisation », lire : Jean-Pierre Bertolini, « La valise ou le cercueil », op. cit.

[28] Guy Pervillé, « Sétif : enquête sur un massacre », in : L’Histoire, № 318, mars 2007, pp. 44-48 ; Benjamin Stora, « France-Algérie : la guerre des mémoires », (propos recueillis par Daniel Bermond), in : L’Histoire, № 356, septembre 2010, pp. 8-16.

[29] A. L. Hubbell, op. cit., p. 202.

[30] René Gallissot, « Syndicalisme et nationalisme : la fondation de l’Union nationale des travailleurs algériens, ou du syndicalisme CGT au syndicalisme algérien (1954-1956-1958) », in : Le Mouvement social, № 66, janvier 1969, pp. 17-18, cité par  A. L. Hubbell, op. cit., p. 203.

[31] Aurel et Pierre Daum, « Sans valise ni cercueil, les pieds-noirs restés en Algérie », in : Le Monde diplomatique, op.cit. Cet article a donné lieu à un livre plus étoffé et non moins passionnant qui, s’appuyant sur des témoins, issus de la communauté pied-noire qui est restée en Algérie après l’indépendance, relatent ce qui s’est réellement passé au moment de l’exode : Pierre Daum, Ni valise ni cercueil. Les Pieds-noirs restés en Algérie après l'Indépendance, (préface : Benjamin Stora), Paris : Actes Sud, 432 p.

[32] Pierre Daum, op. cit.

[33] Ces témoignages ont fait l’objet d’un livre qu’elle publia en 1999. Lire Hélène Bracco, L’Autre Face : « Européens » en Algérie indépendante, Paris : Paris-Méditerranée, 1999, cité par : Pierre Daum, op. cit. Lire aussi : Anis Allik, Dominique Lagarde, « Français d'Algérie: deux sœurs, une mer », in : L’Express.fr, 17 mars 2012, disponible en ligne à : http://www.lexpress.fr/actualite/monde/afrique/francais-d-algerie-deux-soeurs-une-mer_1094027.html et Juliette Bénabent, « Ces Français restés en Algérie », in : Télérama.fr, 15 mars 2012, disponible en ligne à : http://www.telerama.fr/monde/ces-francais-restes-en-algerie,78940.php. Lire également Pierre Daum, « L’heure des choix. Ces pieds-noirs qui ont décidé de rester », in : Géo Histoire : 1830-1962. L’Algérie. De la conquête française à l’indépendance, № 2, avril-mai 2012, pp.93-101.

[34] Charles Robert Ageron, « Les Accords d’Évian (1962) », in : Vingtième siècle. Revue d’Histoire, № 35, juillet 1992, p. 14, cité par A. L. Hubbell, op. cit., p. 203.

[35] Abdelkrim Ghezali, « Les Algériens ronronnent, racontent des histoires et oublient l’Histoire », in : La Tribune, 12 mars 2012, disponible à : http://www.latribune-online.com/evenement/65094.html.

 

Mots clés : Guerre d’Algérie, FLN, OAS, la valise et le cercueil, PPA, PCA, Pieds-noirs, indigènes, ordre colonial, terrorisme, indépendance, Accords d’Évian.

 

Pour citer cet article :

 

Azzedine G. Mansour, « Guerre d’Algérie et l’exode des pieds-noirs. Remettre les pendules à l’heure… », in : Libres Expressions, 12 avril 2012 (http://Azzedine-GM.blog4ever.com/blog/lire-article-501249-9244106-guerre_d_algerie_et_l_exode_des_pieds_noirs_.html).

 


16/04/2012
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Guerre d’Algérie : un documentaire inédit…

Azzedine G. Mansour – 12 mars 2012

 

Hier, le 11 mars 2012, cinquante ans après les accords d'Évian, la chaîne de télévision française France 2 a diffusé le documentaire tant attendu, « Guerre d’Algérie, la déchirure », de l’historien Benjamin Stora [1] et du réalisateur Gabriel Le Bomin [2]. La narration a été donnée par l’acteur franco-algérien, Kad Merad. Il a été suivi d’un excellent débat animé par le présentateur des nouvelles, David Pujadas, et auquel a participé une demi-douzaine d’invités : Benjamin Stora, Dalila Kerchouche [3], Jean-Jacques Jordi [4], Ali Haroun [5], Danielle Michel-Chich [6] et le Père Guy Gilbert [7].

 

Racontant l’histoire de ce conflit meurtrier qui a duré plus de sept ans (1954-1962) et fait des centaines de milliers de victimes, ce documentaire s’est appuyé sur des images d’archives jusque-là inédites auxquelles ont eu accès les auteurs. Il s’agit en fait d’un récit d’une justesse et d’un équilibre exceptionnels qui non seulement revient sur des « événements » dont il a fallu près de quatre décennies pour qu’ils soient qualifiés de « guerre », mais incite également à l’inévitable « devoir mémoriel » que les populations de part et d’autre de la Méditerranée ne parviennent pas encore à assumer… C’est, en d’autres termes, une véritable « leçon d’histoire » [8], à laquelle Benjamin Stora, qui a consacré trente ans de sa vie à étudier la colonisation et de la décolonisation de son pays d’origine, nous convie tout au long de ce long métrage.

 

On peut regarder l’intégral de ce documentaire sur Youtube

http://www.youtube.com/watch?v=6BiG5MqiSeQ

 

 

 

On peut voir l'interview du narrateur Kad Merad

http://www.youtube.com/watch?v=X2LdBP8PMqc&feature=player_embedded

 

 

 

Le débat qui a suivi la diffusion

http://www.youtube.com/watch?v=jCJPUdeJCNk&feature=youtu.be

 

 

Notes

 

[1] Benjamin Stora est Professeur des universités françaises. Il enseigne l’histoire du Maghreb contemporain (XIXe et XXe siècles), la colonisation, les guerres de décolonisations et l’histoire de l’immigration maghrébine en Europe, à l’Université Paris 13 et à l’INALCO (Langues Orientales, Paris). Il a publié plus d’une trentaine d’ouvrages, dont les plus connus sont : une biographie de Messali Hadj (réédition Hachette Littérature-poche, 2004) ; La gangrène et l’oubli, la mémoire de la guerre d’Algérie (La Découverte, 1991) ; Appelés en guerre d’Algérie (Gallimard, 1997) ; Algérie, la guerre invisible, aux Presses de Sciences Po (2000).  Il a dirigé avec Mohammed Harbi l’ouvrage collectif, La guerre d’Algérie, aux éditions Robert Laffont (en poche, Hachette Littérature, 2006).

[2] Gabriel Le Bomin est un scénariste et réalisateur français d'origine corse. Parmi ses réalisations, on peut citer : Entre Ciel et Mer (1990), Les Égarés (1995), Le Puits (2001), Prélude (2004), Les Fragments d'Antonin (2006), L'occupant (TV, 2008) et Insoupçonnable (2010).

[3] Journaliste et écrivaine française, Dalila Kerchouche s’est surtout fait connaître du grand public par son récit autobiographique : Mon père, ce harki (Paris : Seuil, 2003). Elle a publié également : L'histoire d'un Harki : pour en finir avec les oublis de la mémoire collective (Préface de : Jacques Duquesne, Paris : Seuil, Coll. Point, 2004), Destins de Harkis, Aux racines d'un exil (avec : Stéphane Gladieu, Paris : Autrement, Coll. : Revue Autrement Monde Photograph, 2003), Leïla. Avoir 17 ans dans un camp de harkis (Paris : Seuil, 2007)

[4] Jean-Jacques Jordi est docteur en histoire. Enseignant à l’École des hautes études en sciences sociales, il est l’auteur de dizaine d’ouvrages parmi lesquels on peut citer : Les pieds-noirs (Paris : Le Cavalier Bleu, Coll. : Idées reçues, 2009), Algérie, de la guerre à l'indépendance : 1957-1962 (Paris : Ouest France, Coll. : Beau livre, 2012), Un silence d’État. Les disparus civils européens de la guerre d’Algérie (Paris : Soteca-Belin, 2011, 200 p.). Il est également l’auteur de plusieurs documentaires télévisés consacrés à la guerre d’Algérie. 

[5] Ancien combattant du FLN, Ali Haroun fut chargé dès le début de la révolution algérienne, de la direction du journal Résistance algérienne, édité à Tétouan au Maroc. En 1957, il devient rédacteur à Tunis d’El-Moudjahid, organe principal du FLN, puis membre du Conseil national de la révolution algérienne (1960) et député d’Alger à l’Assemblée constituante (1962-1964). Après, un long retrait de la vie politique, il revient au sein du gouvernement algérien, d’abord, comme ministre des Droits de l’homme en 1991, ensuite, à titre de membre du Haut Comité d’État (HCE) de 1992 à 1994. Licencié en droit, il a publié de nombreux ouvrages : La 7e Wilaya : la guerre du FLN en France. 1954-1962 (Paris : Seuil, Coll. : Essais, 1986), L‘Été de la discorde. Algérie 1962 (Alger : Casbah éditions, 2000, 238 p.), Algérie 1962. La grande dérive (Paris : L'Harmattan, Coll. : Histoire et perspectives méditerranéennes, 2005, 382 p.) et plusieurs articles dans la presse algérienne et étrangère.

[6] Danielle Michel-Chich est une essayiste et journaliste française. Durant son enfance qu’elle passa en Algérie en pleine guerre d’indépendance, elle fut grièvement blessée, y perdant une jambe, lors de l'attentat à la bombe perpétré par Zohra Drif, activiste au FLN, le 30 septembre 1956 au « Milk Bar » à Alger. Elle a écrit de nombreux ouvrages, dont deux sont liés étroitement à la colonisation et la guerre d’Algérie : Déracinés : les pieds-noirs aujourd'hui (Paris : Plume, Coll. : Enquête, 1990, 181 p.) et Lettre à Zohra D. (Paris : Flammarion, 2012).

[7] Le Père Guy Gilbert est un prêtre et éducateur français. C’est à Alger où il s’installe dès 1957 que sa vocation sacerdotale s’éveille. Il y achève alors son séminaire puis devient prêtre du diocèse d'Alger de 1965 à 1970. Il est témoin privilégié des horreurs vécues lors de la guerre d’Algérie.

[8] C’est en ces termes que Claude Schopp qualifiait ce nouveau documentaire dans son article critique : « ‘Guerre d’Algérie. La déchirure’, un documentaire de première nécessité », in : evene.fr, 09 mars 2012, disponible en ligne à : http://www.evene.fr/cinema/actualite/guerre-d-algerie-la-dechirure-un-documentaire-de-premiere-ne-865852.php.

 

Mots-clés : Algérie, Guerre d’Algérie, FLN, France, Pieds-noirs, Harkis, colonisation, OAS, décolonisation, 1er novembre 1954, révolution, Accords d’Evians, 5 juillet 1962, indépendance,…

 

Pour citer cet article :

 

Azzedine G. Mansour, « Guerre d’Algérie : un documentaire inédit… », in : Libres Expressions, 12 mars 2012 (http://azzedine-gm.blog4ever.com/blog/lire-article-501249-8835633-guerre_d_algerie___un_documentaire_inedit_.html).


12/03/2012
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Sanctions européennes contre l’Iran

Acte de guerre ou gesticulation diplomatique ?

Azzedine G. Mansour – 25 février 2012

 

En imposant, le 23 janvier dernier, des sanctions sur les livraisons de brut iranien, les pays de l’Union européenne (UE) ont franchi un pas de plus vers une confrontation ouverte avec l’un des principaux acteurs au Moyen-Orient. Gary Sick, ancien conseiller à la Maison Blanche sous les présidents Ford et Carter et, aujourd’hui, professeur à l’Université Columbia, partage entièrement ce point de vue. Pour lui, il n’y a nul doute : « les sanctions américaines et européennes équivalent à un acte de guerre » et l’issue de cette nouvelle escalade ne peut être que militaire. C’est, en tout cas, ce qui ressort en gros de l’interview qu’il a accordé à Lorraine Millot, correspondante à Washington du quotidien français Libération [1].

 

 

Embargo pétrolier : Téhéran invite l'Occident à réfléchir sur les effets des sanctions qu’on lui impose.

Source : http://fr.ria.ru/world/20120129/193187926.html.

 

L’étendue de ces sanctions en dit long sur les vraies intentions des pays européens. Si ces dernières visent officiellement à forcer l’Iran à renoncer à ses activités « douteuses » et controversées dans le domaine nucléaire [2], implicitement, c’est toute l’économie de ce pays, perçu comme une vraie menace pour la sécurité d’une région hautement stratégique pour les besoins énergétiques des puissances occidentales, que l’on cherche à paralyser [3]. C’est pour cette raison d’ailleurs qu’outre le secteur très vital des hydrocarbures, ces sanctions sont assorties d’une palette de mesures supplémentaires, tels que le gel des avoirs de la Banque centrale iranienne, l’annulation à compter du 1er juillet prochain des contrats existants et l’interdiction des investissements, des transferts de technologies et de toute forme d’assistance technique… Leurs effets risquent d’être catastrophiques beaucoup plus pour Téhéran que pour Bruxelles, comme le déclarait, mercredi dernier, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov : « Ce que les États occidentaux, disait-il, et certains autres pays ajoutent à présent, en adoptant des sanctions unilatérales supplémentaires à l'encontre de l'Iran, n'a aucun rapport avec la volonté d'assurer la non-prolifération des armes nucléaires. Tout cela ne vise qu'à étouffer l'économie iranienne et dégrader les conditions de vie du peuple iranien, peut-être dans l'espoir de provoquer son mécontentement. » [4] À en croire ces propos, on peut penser que, derrière les motifs invoqués officiellement pour justifier cette panoplie de mesures, se cache en réalité un objectif bien précis : celui de mettre à genou l’État iranien en visant, d’une part, son secteur des hydrocarbures qui constitue le moteur par excellence de son économie et un facteur non moins important de stabilité sociale, et asséchant, d’autre part, ses sources de revenu qui représentent une véritable bouée de sauvetage dans un pays où les autres secteurs demeurent inefficaces.

 

Théoriquement, plusieurs faits pointent en direction d’un tel pronostic. D’abord, le secteur pétrolier et gazier constitue la principale source de revenu de l’Iran. A lui seul, il génère plus de 70 milliards de dollars annuellement (donnée datant de 2005) et représente presque 80 % des exportations du pays. Environ 20 % (soit 600 000 barils sur les 2,6 millions) des ventes pétrolières iraniennes se font vers l’Union européenne, principalement en direction de l’Italie, de l’Espagne et de la Grèce qui disposent désormais d’un délai de quelques mois pour trouver des fournisseurs de remplacement susceptibles de combler les 68 % de leurs besoins énergétiques jusque-là dépendant de Téhéran. Cette quête de nouvelles sources d’approvisionnement en hydrocarbures n’est toutefois pas difficile à réaliser puisque d’autres pays producteurs, notamment dans la région même du Golfe arabo-persique, ont manifesté leur désir de hausser leurs productions respectives et prendre, par conséquent, le relais de l’Iran sur ce chapitre. L’Europe, quant à elle, ne sera privée que de quelques 6 % de son approvisionnement qu’elle compte d’ailleurs rapidement compenser par l’augmentation de production promise par l’Arabie Saoudite [5]. Elle songe, par ailleurs, à sévir davantage contre l’État iranien et rendre son embargo encore plus contraignant qu’il ne l’est, en tentant d’amener d’autres nations à suivre son exemple et convaincre, tout particulièrement, les grandes puissances asiatiques comme la Corée du Sud, la Chine et l'Inde d’appliquer des mesures similaires afin de donner encore plus de poids aux siennes.

 

Ensuite, la capacité insuffisante de raffinage dont souffre l’Iran pousse le pays à dépendre largement de l’extérieur. Pour satisfaire, en effet, leurs besoins de consommation interne, les autorités iraniennes sont obligées d’importer plus de 40 % d’essence raffinées ailleurs auxquelles il faut ajouter bien évidemment les autres produits dérivés du pétrole qu’elles font venir également de l’étranger. De plus, cette dépendance s’étend à l’ensemble de leur industrie pétrolière dont le fonctionnement nécessite une assistance technique extérieure et l’importation de matériel divers (machinerie, outillage, pièces de rechange, etc.) en provenance de leurs principaux partenaires commerciaux parmi lesquels figurent, dans l’ordre, l’Allemagne, la Chine et la France,… 

 

Par ailleurs, le gel des actifs et des transactions en or et en métaux précieux de la Banque centrale iranienne n’est pas, lui non plus, sans conséquences sur l’économie du pays. Visant à assécher, en premier lieu, le financement des activités nucléaires, ses mesures imposées au secteur financier vont vite se répercuter sur les conditions de vie de la population et leur pouvoir d’achat. Déjà, en raison des sanctions décrétées en 2011, la monnaie nationale, le rial, a connu une dévaluation d’environ 100 % en quelques mois. Cette chute sans précédent a ouvert la porte à l’émergence d’un marché noir sur lequel les cours s'envolent rapidement à tel point qu’en très peu de temps, le dollar américain est passé de 10 000 à plus de 20 050 rials, selon une récente information publiée par l'agence iranienne officielle IRNA. Sur les marchés locaux, une pénurie des produits de grande consommation se fait déjà sentir et les prix des produits importés ne cessent de flamber. Parmi ces produits, on compte, comme l’expliquait l’économiste Fereydoun Khavand, les viandes, généralement importées du Brésil et de l’Argentine, les matières premières et les produits semi-finis, nécessaires au fonctionnement des entreprises. [6] Avec les mesures prises à son encontre, la banque centrale iranienne, bien qu’elle soit encore dotée d’un bon coussin de devises, n’est plus en mesure de soutenir le rial, ni de pourvoir en liquidité non plus les producteurs locaux qui doivent se tourner vers des marchés parallèles pour financer leurs activités courantes et supporter les coûts de leurs productions respectives.

 

Enfin, en raison du déséquilibre dont souffre l’économie iranienne, le pays n’est certainement pas en mesure de trouver une alternative susceptible de renflouer ses coffres autrement que par les recettes issues de la vente de ses hydrocarbures. Ceci est d’autant plus vrai que la part de l’agriculture, par exemple, dans la production nationale est très réduite. Occupant à peine 25 % de la population active du pays, sa contribution à l’économie ne dépasse guère la barre des 11 %. Il en est de même pour les secteurs industriel et tertiaire qui, faisant travailler respectivement 31 et 45 % de la population active, ne rapportent, à parts égales, que les neuf dixièmes restant du revenu national. Dans un tel contexte, on voit très mal comment les Iraniens vont pouvoir surmonter les effets négatifs de l’« embargo » qui pèse sur eux. Avec un peu plus de 12,5 % de chômeurs, 18 % de personnes vivant sous le seuil de la pauvreté et 90 % de la population payée directement par l’État, le fardeau serait de plus en plus lourd à supporter. Les autorités iraniennes ont beau affiché une attitude rassurante à cet égard, en affirmant que leur pays « s'est habitué aux embargos imposés à son encontre au cours des douze dernières années » [7], la situation sur le terrain risque toutefois de se dégrader davantage dans les mois à venir.

 

Dans la pratique, en revanche, il n’est pas évident qu’un tel scénario puisse avoir lieu. Il est même certain que, dans l’immédiat, les conséquences de ces sanctions soient très limitées puisque l’Iran dispose de toute façon d’autres clients potentiels pour lui acheter son pétrole. Parmi ces importants clients, la Chine et l’Inde seraient prêtes à rafler la mise. Ces deux économies émergentes, qui consomment déjà plus d’un million de barils de brut iranien par jour et dont les besoins énergétiques ne cessent de croître, viennent d’afficher ouvertement leur intention de payer en or leurs commandes respectives [8]. La Corée du Sud, elle aussi, se montre très intéressée. D’ailleurs, Séoul, qui importe la totalité de son pétrole, demande à être exemptée de ces sanctions. L’Iran demeure un fournisseur clé pour son économie. Elle ne peut donc se permettre de perdre cette importante source d’approvisionnement qui comble un peu plus de 10 % de ses besoins. Même les petits pays de la région tentent, en cette occasion, un rapprochement de Téhéran. L’Arménie, à titre d’exemple, ne cache pas ses intentions là-dessus. En raison de sa situation géopolitique et du blocus que lui imposent la Turquie et l’Azerbaïdjan depuis plus de 20 ans, il lui est impossible de s’aligner sur les sanctions décrétées contre son voisin et n’est pas non plus prête d’arrêter ni de suspendre ses projets communs avec l’État iranien. Faut-il rappeler qu’outre un premier oléoduc de 140 kilomètres qui relie les deux pays, un second, long de 365 kilomètres entre Tabriz et Yeraskh, sera mis en chantier dans les mois à venir. Il est censé acheminer plus de 1,5 millions de litres de gaz et de diesel, permettant ainsi à l’Arménie d’économiser environ 30 % de ses dépenses annuelles.

 

Des étudiants iraniens manifestent pour soutenir le programme nucléaire iranien et protester contre les mises en garde américaines et israéliennes, le 15 novembre 2011 à Ispahan (Iran). STR / AFP.

Source : http://www.20minutes.fr/monde/iran/865912-nouvelles-sanctions-contre-iran-mesures-peu-chance-retourner-population-contre-regime.

 

La crise risque donc d’avoir l’effet inverse de ce que l’Europe escomptait en imposant de telles sanctions. Bernard Hourcade, directeur de recherche au CNRS, partage ce point de vue. Dans une interview qu’il a accordée récemment au quotidien français Le Monde, il pense que ces mesures, même si, politiquement, elles renforcent encore l’isolement de l’Iran sur la scène internationale, sur le plan économique, elle relève davantage d’une « décision de gesticulation diplomatique » dont les conséquences directes seraient très limitées. Pour lui, « la crise risque même de provoquer une montée des prix du brut [jusqu’à 200 dollars le baril], ce qui permettra à l'Iran de s'enrichir d'autant plus. » [9] Elles ne seraient pas plus à même de susciter le mécontentement de la population iranienne ni être à l’origine non plus d’un quelconque « printemps perse ». Au contraire, le régime va pouvoir exploiter à fond ces sanctions et présenter son pays comme une victime d’un Occident « foncièrement antimusulman » qui lui dénie le droit de devenir une grande puissance.

 

Lors d’un entretien publié dans 20 Minutes, Karim Pakzard, chercheur à l’IRIS, abonde dans le même sens [10]. Pour lui, il s’agit « d’un calcul très risqué » que de croire pouvoir « faire chuter le régime en place en faisant monter le mécontentement populaire contre lui ». Ces nouvelles sanctions vont, au contraire, ajouter une munition de plus à son arsenal de propagande qu’il n’hésitera pas à actionner pour raviver le patriotisme chez les masses iraniennes. Même l’opposition réformatrice, qui n’est pas moins sensible à la question de l’indépendance du pays et refuse toute ingérence étrangère dans ses affaires, risquerait, elle aussi, de se ranger du côté du régime. Que dire sinon du peuple qui, depuis très longtemps, est animé d’un sentiment commun, celui de défendre corps et âmes la « Grande Perse » contre le monde arabe, autrefois son envahisseur, et l’impérialisme avilissant des États-Unis d’Amérique. Ce peuple est en tout cas majoritairement convaincu, comme le précisait K. Pakzard, que le complot fomenté contre sa nation et la guerre lancée contre elle « (ont) commencé il y a bien longtemps et que tous ses problèmes sont dus (essentiellement) à l’embargo américain qui dure depuis 30 ans ».

 

Fereydoun Khavand, Maître de conférences à l'Université Paris-V, n’est pas entièrement de cet avis. Dans une entrevue qu’il a accordée à l’hebdomadaire français Le Point [11], il pense que le peuple iranien n’est pas dupe au point de soutenir aveuglement un régime théocratique répressif qui, dès son avènement en 1979, a fait de la mise sur pied d’un programme nucléaire, lui permettant d’obtenir la bombe atomique, son objectif premier. Sachant qu’il a échoué dans presque tous les autres domaines : sociaux, culturels, économiques et politiques, ce dernier est, selon lui, fermement convaincu que « créer une capacité de nuisance » et se doter d’une arme de dissuasion aussi puissante que la bombe nucléaire demeure son unique chance pour perdurer. À son avis, les sanctions européennes tombent à point nommé. Et, en dépit du fait que c’est le peuple iranien, plus que ses dirigeants, qui va en subir les conséquences, il n’en demeure pas moins qu’elles constituent, à ses yeux, le moyen le plus efficace pour empêcher ce régime d’assurer le financement de ses activités nucléaires et l’unique alternative dont dispose en ce moment l’ensemble de la communauté internationale pour le forcer à mettre définitivement un terme à un programme douteux pouvant être utilisé à des fins militaires.

 

Par ailleurs, il ne croit pas à l’inefficacité de ces sanctions et ne pense pas non plus que l’Iran puisse continuer d’écouler indéfiniment son pétrole ailleurs dans le monde, notamment en Asie où il compte des acheteurs potentiels. À son avis, ce scénario n’est pas crédible pour deux raisons essentielles.

 

D’abord, les deux plus importants consommateurs asiatiques du brut iranien, La Corée du Sud et le Japon, sont des alliés indéfectibles des américains. Ils vont, selon lui, finir par suivre la voie européenne et se détourner complètement de ce fournisseur encombrant. Cette possibilité est, à son avis, d’autant plus probable que les autres producteurs du Golfe, même si l’OPEP s’y oppose énergiquement, sont décidés d’ouvrir grandes leurs vannes pour mettre sur le marché un brut de remplacement. Même la Chine n’est pas insensible aux mesures de l’Union  européenne. Si, dans l’immédiat, elle cherche à tirer profit de l’isolement de l’Iran pour « bénéficier d'une baisse des prix et payer Téhéran en produits chinois, tout comme le fait l'Inde », elle consciente en revanche qu’à moyen et long termes, il serait dans son intérêt de trouver un partenaire commercial beaucoup plus stable dans la région. En outre, il n’est pas improbable que le dossier iranien ne soit aujourd’hui pour la Chine qu’un atout de plus à utiliser, au moment opportun, dans ses multiples négociations avec l’Occident.

 

Ensuite, les mesures européennes vont, selon lui, beaucoup plus loin que l’embargo que font subir les Américains à l’Iran depuis les trois dernières décennies. Cette fois, ces sanctions frappent au cœur même de l’économie iranienne et s’attaquent aussi bien aux ressources naturelles du pays qu’à ses moyens financiers. Des sanctions de cette nature ont déjà démontré, selon lui, leur efficacité dans le passé, notamment contre le régime d’Apartheid en Afrique du Sud, et plus récemment contre la junte militaire en Birmanie. Enfin, aujourd’hui, le sérail iranien ne jouit pas d’une unité à toute épreuve. Il serait, à son avis, le théâtre de nombreuses dissensions. « Les réformateurs, expliquait-il, (ayant été) éliminés du jeu politique, (…) des factions au sein même du camp conservateur luttent entre elles ». Ces luttes intestines auraient lieu sur un fond d’une véritable « guerre larvée » opposant le clan du Président Mahmoud Ahmadinejad et celui du Guide suprême l'ayatollah Ali Kamanei. Cette lutte de clan pourrait, selon lui, être exacerbée par les effets des récentes sanctions et provoquer un changement au sommet même du pouvoir.

 

Cette position est très discutable. Elle laisse, tout d’abord, supposer que le monde est en possession d’éléments de preuve suffisamment tangibles qui incriminent l’Iran et prouvent, hors de tout doute, sa volonté de se doter le plus rapidement possible de la bombe atomique. Or, en réalité, aucune information fiable ne vient confirmer cette hypothèse. En effet, comme le précisait Gary Sick [12], grâce au dernier rapport de l’AIEA, sans doute le plus sévère jamais établi jusque-là sur l’Iran, et les données dont disposent les services de renseignement américain, nous savons que le régime iranien « a cessé de poursuivre systématiquement son programme d’armement nucléaire en 2003, après de la chute de Saddam Hussein. » Nous savons également que ce pays, qui a pourtant inauguré des activités liées à ce domaine dès les années 1990, « n’a toujours pas de bombe, vingt-cinq ans plus tard ! » Or, si l’Iran avait réellement fait de l’obtention d’un tel engin son objectif premier, comme le prétendait F. Khavand, il aurait suivi tout simplement l’exemple d’autres pays, tels que l’Inde, le Pakistan ou l’Afrique du Sud, « qui (en) ont voulu se doter clandestinement (…) et n’ont jamais eu besoin de plus de douze ans » pour l’obtenir.

 

Il en est de même pour le parallèle que fait F. Khavand entre les sanctions décidées par l’Union européenne à l’encontre de l’Iran et un embargo, comme celui décrété autrefois contre l’Afrique du Sud. Le recours à un tel parallèle est on ne peut abusif. Une nuance s’impose ici au sujet de ces deux notions. Le terme « embargo » fait référence à un blocus exercé généralement par l’ensemble de la communauté internationale contre un État et ses exportations. C’est, en d’autres termes, « une mesure de contrainte, comme le définissent les dictionnaires, destinée à empêcher la libre circulation d’un produit » à l’échelle planétaire et un « acte de force » décidé par l’ONU et son Conseil de sécurité. Les récentes sanctions européennes, quant à elles, se présentent plutôt comme une interruption d’importation du pétrole iranien décidée de façon volontaire et unilatérale par l’Europe, et n’engage ainsi, dans les faits, que ses États membres. Les autres pays ne sont pas tenus de les suivre ni de les respecter non plus. C’est donc une sorte de boycott limité qui n’empêche pas l’Iran de se tourner vers d’autres clients et d’écouler son produit ailleurs dans le monde. La contrainte y est, par conséquent, moins forte et ses effets moins importants également pour le pays qui subit un tel boycott. De ce point de vue, le parallèle avec les sanctions économiques américaines contre Cuba est beaucoup plus judicieux.

 

Quant à la question d’un éventuel changement de régime, il est très peu probable, comme il a été précisé plus haut, que les effets de ces sanctions puissent provoquer un soulèvement de la rue iranienne ou amplifier davantage les luttes de clans qui existent au sein même du pouvoir. Au contraire, l’effet inverse risque de se produire et un climat de solidarité nationale où l’on verra le peuple iranien et les différents mouvements d’opposition se ranger derrière leur régime, peut tout aussi avoir lieu. Au moins deux raisons rendent un tel scénario plus crédible. D’abord, les récentes mesures prises par l’Union européenne ne sont pas nouvelles. Elles viennent renforcer des sanctions déjà existantes [13] qui frappaient, depuis plus d’un an, le système bancaire iranien et son secteur pétrochimique. À l’instar de toutes celles qui ont été décrétées par les États-Unis depuis la chute du Shah et l’avènement de la République islamique [14], toutes les sanctions successives contre l’Iran se sont révélées complètement inefficaces et n’ont jamais réussi à ébranler le régime en place. Ce point de vue est partagé par Firouzeh Nahavandi, professeure à l’Université libre de Bruxelles, qui constate, elle aussi, l’échec de toutes les mesures prises à l’encontre de son pays d’origine. Lors d’un entretien accordé à la radio belge RTBF, elle rappelle que, jusqu’à présent, tout le « bouquet » de sanctions dont a fait l’objet la République islamique d’Iran « n’a pas atteint le résultat escompté ni sur le plan économique ni d’un point de vue politique ou diplomatique. » [15] Elle n’hésite pas non plus d’exprimer ses doutes quant à l’efficacité des nouvelles sanctions.

 

Ensuite, à l’intérieur du pays, le régime iranien dispose d’un appareil répressif qui peut étouffer à tout moment toute tentative de soulèvement en muselant ses opposants et actionnant ses mécanismes de contrôle des prix et l’inflation très souvent à l’origine du mécontentement populaire. Il a également à sa disposition de nombreux organes de propagande qu’il sait très bien mettre en branle, au moment propice, pour s’attirer la sympathie du peuple iranien et s’assurer son soutien, notamment en cas d’éventuelles interventions étrangères ou de frappes aériennes contre ses sites nucléaires. Jusqu’à maintenant, il a su, en tout cas, bien tirer profit des sanctions qu’on lui impose : « face (au moindre) mécontentement de son opinion publique, il pointe (du doigt) la responsabilité étrangère et capitalise autour de lui l'hostilité contre elle », comme l’expliquait Sarah Diffalah [16].

 

Enfin, sur le plan international, le régime de Téhéran s’est rendu maître dans la manipulation et le double jeu. Depuis qu’il est soupçonné de poursuivre des activités nucléaires à des fins militaires, il cherche, d’une part, à semer l’incertitude et en faire une stratégie susceptible de lui faire gagner du temps et ne cesse, d’autre part, d’entretenir avec l’Occident une relation qui « oscille (continuellement) entre provocation et diplomatie », comme l’a si bien qualifiée F.  Nahavandi [17]. C’est dans ce cadre d’ailleurs qu’il faut situer ses attitudes contradictoires et ses propos très souvent difficiles à décrypter [18]. Ce double jeu durera aussi longtemps qu’il ne serait pas convaincu qu’en face de lui, le monde est un bloc soudé et décidé de sévir davantage pour lui faire respecter ses obligations internationales. Avec les récentes mesures européennes dont l’efficacité reste incertaine – en tout cas dans l’immédiat –, il faut reconnaitre que l’on n’en est pas encore rendu à ce stade.

 

L’Europe, de son côté, n’aurait pas adopté de telles mesures si elle n’avait pas mesuré au préalable leurs éventuels impacts sur sa propre économie. Le volume de 5 à 6 % de brut, soit 30,3 millions de tonnes en 2010, exporté globalement vers l’Union européenne n’est pas substantiel en soi. Il s’agit là d’un marché pour le moins mineur en comparaison avec la Chine. La France qui n’importe qu’environ 3 % du pétrole iranien ne sentira certainement pas les effets de ces sanctions de la même façon et avec la même acuité que l’Italie, l’Espagne et la Grèce dont 10, 13 et 22 % des besoins énergétiques respectifs dépendent directement de l’Iran [19]. C’est en raison de cette légère dépendance d’ailleurs qu’un délai d’environ six mois ait été prévu avant l’entrée en vigueur de cette nouvelle salve de sanctions, un délai largement suffisant pour que chacun de ses États membres puisse explorer de nouvelles solutions de rechange.

 

Même si ces sanctions ne font pas l’unanimité en Europe, comme en témoignent les dernières déclarations d’Uwe Scheuch, ancien ministre autrichien et actuel porte-parole de la politique étrangère du Parti Bündnis Zukunft Österreich (Alliance pour l’avenir ou le futur de l’Autriche) [20], il est tout de même impensable que les dirigeants européens puissent prendre des mesures dont l’issue leur serait défavorable. Les observateurs et les analystes sont nombreux à s’entendre là-dessus. Pour la plupart d’entre eux, en adoptant ses nouvelles sanctions, l’Union européenne prend « un faible risque » et, à moins que l’Iran ne décide de bloquer militairement le détroit d’Ormuz, celles-ci auront très peu d’impacts pour ses propres consommateurs. Il suffit seulement qu’elle trouve les 600 000 barils dont elle a besoin quotidiennement d’ici l’entrée en vigueur de ces sanctions, le 1er juillet prochain et le tour est joué. Un objectif pas très difficile à réaliser dans la mesure où elle peut compter, d’une part, sur la Libye dont la production semble revenir à niveau habituel d’avant le soulèvement et l’intervention militaire de 2011, et d’autre part, sur leurs alliés dans le Golfe, l’Arabie Saoudite et le Qatar.

 

 Répartition géographique des exportations du pétrole iranien et cours du brent sur un an (en dollars).

Source : Challenges, № 286, 2 au 8 février 2012, p. 40.

 

Mais, Yann Richard, professeur d'études iraniennes à l'Université Paris-III, n’est pas du tout de cet avis. Interrogé par l’hebdomadaire français L’Express, il estime qu’avec sa récente salve de sanctions, l’Union européenne patauge « en pleine contradiction ». Ces dernières feraient, selon lui, « monter le prix du baril de manière stupide alors que les économies occidentales ne sont pas capables de le supporter. D'autant qu'on ne souhaite pas voir les Chinois ou les Indiens récupérer la totalité de la galette. » [21] Et si, en agissant de la sorte, L’Europe des Vingt-Sept croit vraiment pouvoir mettre de la pression dans le camp iranien et faire, par conséquent, plier Téhéran sur son programme nucléaire, comme semblait le suggérer récemment sa haute représentante Catherine Ashton, elle se trompe gravement, car « l'Iran, comme le précise Y. Richard, n'est pas un pays pauvre : son pétrole est resté à un bon niveau et les Iraniens en ont encore une bonne réserve ». [22] En revanche, des sanctions bien ciblées et appliquées aux transactions bancaires iraniennes auraient vraisemblablement plus de chance de porter un coup dur à la politique économique du pays. En effet, comme le font remarquer plusieurs spécialistes, notamment Bernard Houcarde du CNRS, paralyser le système bancaire de l’Iran en court-circuitant ses réseaux commerciaux parviendrait peut-être à isoler l’État Iranien du reste du monde en le visant droit au cœur.

 

En tout cas, jusqu’à présent, les Iraniens ne se laissent guère intimider par ces nouvelles sanctions. Ils donnent, au contraire, l’impression qu’ils s’en sortent pas mal. Et, dans l’immédiat, rien ne laisse percevoir que leur pays se dirige « droit dans le mur », comme l’espéraient les Américains. Aucun indice également ne laisse présager que les mesures qui pèsent l’Iran puissent entrainer rapidement son isolement, car ce pays, comme le rappelle si bien B. Houcarde, « entretient de bonnes relations avec les autres États de la région, tels que l'Irak, la Géorgie ou le Turkménistan » [23]. Il en est de même avec l’Égypte dont les rapports vont de mieux en mieux depuis quelque temps. Son isolement ne peut, de ce fait, être donc que relatif. Par ailleurs, la logique de sanctions successives et supplémentaires, qui viennent indéfiniment renforcer d’autres sanctions, semble déjà vouée à l’échec. Elle ne devrait pas mettre de sitôt à genoux un régime qui a non seulement démontré sa capacité de résister aux contraintes extérieures, mais survécu également à huit longues années de guerre meurtrière avec l’Irak de Saddam Hussein. « Le pays, qui est faiblement endetté, comme le précise Thierry Coville de l’IRIS, et qui dispose de 100 milliards de dollars de réserves, aura (peut-être) moins de recettes (à cause de ces sanctions), mais ne sera pas asphyxié. » [24]

 

Si l’énorme palette de sanctions imposée jusque-là à l’Iran est vouée à l’échec et ne parvient pas à produire les effets escomptés, de quelles autres alternatives dispose désormais l’Occident pour forcer ce pays à renoncer à son programme nucléaire ?

 

Les partisans de la ligne dure, tels que les Israéliens qui craignent pour leur sécurité et n’admettent pas l’émergence, à un jet de pierres de leur pays, d’une puissance nucléaire régionale rivale à la leur, semblent privilégier l’option militaire. Plaçant la question iranienne est au premier rang de leurs priorités, loin devant la résolution du conflit israélo-palestinien, comme le soulignait leur Premier ministre, Benyamin Netanyahou, ils laissent entendre que seuls des raids aériens éclairs et audacieux, visant la destruction des plus importantes installations de l’Iran, seraient en mesure de faire plier le régime iranien. À Jérusalem, le débat est ouvert sur l’opportunité de tels raids qui semblent être désormais mis sur la liste des prochaines opérations du Tsahal. Aborder ouvertement une telle option, comme le font les dirigeants israéliens ces dernières semaines, relève beaucoup plus d’une opération de surenchère politico-médiatique que d’une réelle volonté de passer à l’action. Ceci est d’autant plus vrai qu’habituellement, quand Israël se décide de lancer des raids contre un pays de la région, il les exécute le plus souvent sans en faire l’annonce au préalable. Il en fut ainsi lorsqu’en moins de trois heures, il cloua au sol l’aviation égyptienne durant la guerre de 1967. Il en fut de même, une décennie et demi plus tard, quand il réédita le même exploit en détruisant, en quelques minutes à peine, le réacteur nucléaire irakien « Osirak » en 1981 et mettant en pièces, en très peu de temps aussi, la défense antiaérienne syrienne durant l’agression du Liban en 1982. Le même scénario fut également répété, sans que le monde le sache, dans la nuit du 5 au 6 septembre 2007, lorsque son aviation détruisit un bâtiment cubique suspect, à Deir Ez-Zor, dans le nord-est de la Syrie, qu’il présenta le lendemain à l’opinion internationale comme étant une construction abritant un présumé réacteur nucléaire en chantier.Par ailleurs, même si de nombreux médias – aussi bien en Israël qu’en Occidentne cessent d’annoncer, et ce depuis au moins une décennie, l’imminence d’une attaque israélienne contre l’Iran et d’aller parfois jusqu’à décrire, dans ses moindres détails, son plan et ses modalités, ainsi que la nature des armes auxquels ils auraient recours pour s’assurer de son succès [25], les dirigeants de l’État hébreu ne sont pas candides. Ils cherchent vraisemblablement à répandre à dessein la rumeur d'une éventuelle action militaire de leur part pour inciter non seulement les Occidentaux à faire preuve de fermeté à l'égard des Iraniens, mais pousser également le Conseil de sécurité de l'ONU à voter de nouvelles sanctions beaucoup plus étouffantes contre le régime des mollahs. Les bruits de préparatifs militaires, le débat lancé à l’interne autour de ces préparatifs, les exercices de raids à longue distance de leur aviation qui ont eu lieu à la fin d’octobre 2011 au-dessus de la Méditerranée, ainsi que leurs récents essais d'un nouveau missile balistique pourraient n’être, en effet, qu’un stratagème visant à donner plus de crédit à leur rumeur. Cette hypothèse est d’autant plus plausible que ces bruits n’ont suscité, jusqu’à présent, aucune mise en garde particulière de la part des Occidentaux, et notamment des Américains [26].

 

En outre, les Israéliens savent très bien qu’une opération unilatérale de leur part en sol iranien serait contre-productive à tout égard : elle permettrait à l’Iran de se placer dans la position de l’agressé et au régime de bénéficier d’un énorme capital de sympathies tant à l’intérieur du pays qu’à l’extérieur de ses frontières. Ils sont également conscients qu’une telle « aventure » pourrait avoir des conséquences imprévisibles qui vont jusqu’à l’embrasement régional, surtout dans le cas où la capacité nucléaire iranienne – si elle est réelle bien évidemment – ne serait pas totalement anéantie… De plus, de nombreux pays occidentaux en sont opposés. La France a exprimé ouvertement son désaccord : elle considère qu’une telle option « … pourrait avoir des conséquences irréparables et qu'il faut donc tout faire pour l'éviter », comme l’a souligné récemment son Ministre des affaires étrangère, Alain Juppé [27]. Les États-Unis, quant à eux, affichent simplement leur inquiétude face à cette éventualité. Ils se disent en faveur des sanctions qu’ils estiment être, à elles seules, susceptibles d’apporter leurs fruits et affirment qu‘ils continueront de privilégier l'action diplomatique. Toutefois, selon un article publié dans le Washington Post et non démenti par les autorités américaines, leur secrétaire à la défense, Leon Panetta, aurait laissé entendre que des frappes israéliennes seraient actuellement en préparation et qu’elles « pourraient avoir lieu au printemps prochain (en avril, mai ou juin), avant que l'Iran n'entre dans une "zone d'immunité" et ne commence à fabriquer une bombe nucléaire. » [28]

 

De la même façon, une « attaque préventive » concertée à laquelle prendraient part plusieurs pays occidentaux, comme l’ont annoncée à maintes reprises de nombreux médias [29], ne serait pas plus envisageable ni plus efficace non plus. Cette option, qui aurait déjà été portée à l’agenda de l’administration de Georges W. Bush, ne semble être évoquée que dans le but d’alimenter une « guerre psychologique » orchestrée par les Américains et leurs alliés (Britanniques, Allemands, Français et Israéliens) pour convaincre les Iraniens du sérieux de leurs intentions et les forcer, par conséquent, à abandonner leur programme nucléaire. Depuis 2006, des déclarations officielles souvent contradictoires ne cessent de se multiplier sur cette question. Relayées par la presse, qui vient ajouter de l’eau au moulin des rumeurs, ces déclarations tentent de souffler le chaud et le froid afin de créer un climat permettant à l’Occident d’imposer, au moment opportun, ses propres conditions au régime iranien. Tantôt, elles relancent l’impératif d’une action militaire contre Téhéran, tantôt, elles soulignent la nécessité de persévérer dans la voie diplomatique. Celle du Ministre français des affaires étrangères, Bernard Kouchner, à l’effet qu’« il faut se préparer au pire » et que « le pire, c’est la guerre » [30], s’inscrit sans nul doute dans cette logique. Il en est de même pour les propos tenus, un an auparavant, par le Ministre britannique des affaires étrangères, Jack Straw, qui écartait complètement une telle option en la qualifiant de rumeur : « l’idée même d’une frappe (…) contre l’Iran est complètement dingue », affirmait-il avant de préciser qu’« il n’y a pas d’indice flagrant (ni) de casus belli (…) sur les intentions iraniennes » en matière d’armes nucléaires et qu’« il n’y a pas de base (également) sur laquelle quiconque pourrait décider une action militaire. » [31]

 

Qu’il s’agisse d’un ultime avertissement adressé à l’Iran avant le déclenchement d’une nouvelle guerre dans la région ou d’un simple jeu politique destiné à mettre plus de pression dans le camp iranien, une chose est certaine. L’usage de la force contre l’Iran ne pourrait avoir lieu que dans deux cadres bien précis : autorisé par une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU, comme la guerre d’Afghanistan en 2001 et l’intervention de Libye en 2011 ; ou mené de façon unilatérale par les Américains et leurs alliés sans le consentement des autres nations, comme l’invasion de l’Irak en 2003.

 

Dans le premier cas, il est certain que la Chine et la Russie opposeront leur veto. Ces deux puissances ne souhaiteraient pas avoir un autre conflit dont l’issue est incertaine à leurs portes et n’admettraient pas non plus que les scénarios irakien et libyen puissent se reproduire en Iran. La Russie, qui possède un investissement considérable dans les installations nucléaires iraniennes, sait qu’un conflit militaire avec Téhéran aurait des conséquences néfastes pour l’ensemble des pays du sud caucasien. Il déstabiliserait non seulement de nombreux États de la région, comme l’Arménie, l’Azerbaïdjan et la Géorgie, mais affaiblirait en même temps son propre flanc sud, ce qui constitue une véritable menace pour sa sécurité. C’est dans cette perspective d’ailleurs qu’il faut situer les dernières déclarations de plusieurs dirigeants russes qui perçoivent toute action militaire contre Téhéran comme une attaque dirigée également contre Moscou et ses intérêts dans la région. Ces déclarations, qui s’apparentent beaucoup plus à des mises en garde, sous-entendent que la Russie ne restera pas, cette fois, sans réaction devant une telle éventualité, réaction dont la nature fut explicitement définie par le général russe Nikolaï Makarov quand il affirmait qu’il : « n’exclut pas des conflits armés locaux ou régionaux pouvant évoluer vers une guerre à grande échelle, incluant l’utilisation d’armes nucléaires ». [32]

 

La Chine, pour sa part, doit également protéger les siens avant toute autre considération. Depuis quelques décennies, l’Iran ne cesse de prendre de la valeur pour le régime chinois sur le plan stratégique, notamment pour ses besoins énergétiques. Plus de 500 000 barils de pétrole iranien par jour (soit environ 22 % de la production iranienne) lui sont destinés et très probablement à un prix compétitif dès juillet prochain, lorsque les sanctions européennes rentreraient en vigueur. De plus, aucun autre producteur de la région n’est en mesure de lui fournir quotidiennement cette énorme quantité de brut. Dans un tel contexte, il serait « moralement juste », comme le précisait le Global Times, l’un des quotidiens les plus patriotiques du pays [33], que la Chine s’opposerait vigoureusement à toute attaque occidentale contre sa principale source d’énergie. Le président chinois, Hu Jintao, ne cache pas d’ailleurs cette ferme intention. Selon un bulletin du Département d’État américain (The European Union Times) datant du mois de décembre 2011, celui-ci aurait déjà mis la marine de son pays en état d’alerte et déclaré devant son homologue russe que l’unique voie permettant de mettre un frein à une éventuelle intervention américaine en Iran est une action armée : « en cas d’une intervention militaire contre l’Iran, avertissait-il, la Chine entrerait, immédiatement et directement, en guerre contre les États-Unis » [34]. De tels propos, qui expriment sans nul doute un certain ras-le-bol, dans les hautes sphères des pouvoirs chinois et russe, eu regard de l’attitude de plus en plus belliciste de l’Occident, sont maintes fois réitérés par de nombreux dirigeants de ces deux puissances. Les derniers en date auraient été tenus respectivement par le Général-major chinois, Zhang Zhaozhong, qui aurait précisé que « la Chine n’hésiterait pas à protéger la république islamique d’Iran contre une attaque militaire, même si cela doit déclencher une troisième Guerre Mondiale », et par l’ambassadeur russe à l’ONU, Vitaly Churkin, qui perçoit tout plan d’attaque contre l’Iran comme « un scenario particulièrement dangereux » pouvant aboutir à « une catastrophe régionale » des plus dramatiques… [35]

 

Dans le second cas, il est d’abord impensable que le président américain Barack Obama, qui doit se concentrer cette année sur sa réélection, puisse rééditer en Iran l’aventure on ne peut trop coûteuse de son prédécesseur en Irak. Lui, qui s’est  en effet distingué par son opposition à l’attitude guerrière et unilatéraliste de George W. Bush et a préconisé, dès le début de son mandat, un dialogue sans préconditions avec l’Iran, ne souhaiterait sans doute pas être à l’origine de l’étincelle de trop qui mettrait le feu aux poudres dans une région déjà durement éprouvée par de nombreux conflits : deux guerres interminables (en Irak et en Afghanistan), un conflit régional (israélo-palestinien) qui s’éternise, des violences interethniques et inter-religieuses (en Irak et dans l’Émirat du Bahreïn), des tensions politiques (au Liban et en Égypte) et des révoltes populaires dont les issues demeurent incertaines (au Yémen et en Syrie). Par ailleurs, une intervention armée contre l’Iran demeure, dans les faits, très hypothétique à plusieurs égards. D’abord, les Américains ont besoin d’un feu vert du Conseil de sécurité des Nations-Unis, feu vert qu’ils auraient de la difficulté à obtenir vue l’opposition quasi inébranlable manifestée par la Russie et de la Chine. Ensuite, les États-Unis ne peuvent pas se permettre de s’impliquer intensément dans une autre opération militaire alors que leurs troupes sont toujours engagées en Irak et en Afghanistan. Les guerres qu’ils mènent simultanément dans ces deux pays ont mobilisé des effectifs d’environ 267 000 soldats. S’ils ont annoncé le départ de leurs 39 000 hommes encore stationnés en Irak vers la fin de l’année 2011, ne laissant sur place que 5 000 soldats affectés à la formation des forces irakiennes, en Afghanistan, leur nombre n’a cessé d’augmenter depuis l’arrivée d’Obama à la Maison Blanche pour se tenir aux alentours de 100 000 hommes chargés de « briser l'élan » des talibans et de renforcer les institutions afghanes. Une opération en Iran, qui risque de dégénérer en conflit régional entrainant un déploiement d’hommes au sol, mobiliserait certainement davantage d’effectifs. En cette année électorale, on voit mal comment le président des États-Unis puisse justifier de telles manœuvres dans la région alors qu’aux yeux de l’opinion publique américaine, leur « aventure » irakienne n’est généralement pas perçue comme une réussite (4 400 morts, 32 200 blessés, dépenses militaires faramineuses, etc.). Politiquement, il signerait à coup sûr la fin du règne des Démocrates et, par la même occasion, son départ définitif de la Maison-Blanche.

 

De plus, sur le plan économique, la situation actuelle des finances américaines ne permet pas de supporter les coûts d’une autre opération dans la région. Avec une dette publique qui atteint les 15 000 milliards de dollars, selon le département du Trésor américain, soit presque 100 % du produit intérieur brut prévu par la Maison Blanche pour l'ensemble de l'année 2011 [36], et un déficit budgétaire de l’ordre de 1 300 milliards de dollars, soit mensuellement l’équivalent de celui de la Grèce (environ 120 milliards par mois) [37], le gouvernement américain qui se retrouve  désormais dans « une situation inédite (…) pouvant le placer volontairement en défaut de paiement » [38], n'a plus les moyens d’emprunt dont il disposait auparavant pour payer ses engagements et financer toutes ses actions militaires dans le monde. Dans un tel contexte, on voit mal comment les Américains puissent envisager une intervention en Iran dont les conséquences sont imprévisibles, surtout quand on sait que le coût total des guerres en Irak et en Afghanistan, qui pourrait facilement atteindre 2 400 milliards de dollars d'ici 2017 [39], constitue déjà un énorme gouffre financier que l’économie américaine peine à le combler.

 

Enfin, en dépit des agitations bellicistes des néoconservateurs américains, comme celles de Jeffrey Goldberg, chantre de la guerre contre l’Irak, qui tente depuis un certain temps de préparer les opinions publiques occidentales à l’éventualité de frappes militaires contre l’État iranien, il n’en demeure pas moins que la Maison Blanche et ses alliés en Europe soient conscients que l’Iran n’est pas l’Afghanistan du Mollah Omar ou l’Irak de Saddam Hussein et qu’il est encore moins la Libye de Mouammar Kadhafi ou la Syrie de Bachar al-Assad. Contrairement à ces derniers, la République islamique de l’Ayatollah Khomeiny dispose d'une véritable force militaire enrobée d'une volonté nationaliste à toute épreuve. Elle peut à tout moment mener des opérations de représailles en cas d’attaque surprise de ses installations nucléaires. Avec une population qui frôle les 80 millions d’habitants, une armée très entraînée qui sort de presque une décennie de guerre meurtrière avec l’Irak et des conflits quasi permanents qui l’opposent aux Talibans le long de sa frontière avec le Pakistan, le pays possède tous les atouts (expérience, armement et volonté) qui lui permettent de riposter à toute intervention étrangère sur son sol, voire même de s’engager dans une guerre d’usure contre d’éventuels envahisseurs. Grâce à ses missiles de croisière, ses drones, ses avions de combat, ses sous-marins et ses navires de guerre, l’Iran est en mesure de bloquer le détroit d’Ormuz [40], ce mince passage maritime qui relie le Golfe d'Oman au Golfe arabo-persique et permet le transit de plus de 35 % des exportations mondiales de pétrole, entrainant ainsi une flambée du prix du brut qui bondirait à plus de 200 dollars le baril et aurait un effet désastreux sur les économies occidentales.

 

De plus, grâce d’une part, à leur présence militaire, notamment en Érythrée, au Yémen au côté des rebelles chiites Houttis, et d’autre part, à leur influence sur le Hizbollah au Liban, le Hamas à Gaza et les minorités chiites qui leur sont solidaires en Arabie saoudite, à Bahreïn, en Syrie, en Afghanistan (les Hazaras et les Tadjiks) et dans les autres émirats du Golfe, les Iraniens jouissent d’une capacité de nuisance non négligeable qu’ils peuvent utiliser à tout moment pour menacer de façon dangereuse les intérêts des puissances occidentales dans la région. Au cas où l’étau auquel l’Occident est en train de les soumettre se resserre trop contre eux, ils peuvent recourir à des mesures extrêmes et se mettre à attaquer les ports et raffineries situés sur l’autre rive du Golfe, téléguider et coordonner des opérations de sabotage ou commanditer tout simplement des attentats terroristes sur les territoires alliés de leurs ennemis, ce qui réduirait considérablement et leurs propres exportations pétrolières et celles des autres producteurs autour du Golfe arabo-persique, comme l’Arabie Saoudite, le Koweït et les autres pétromonarchies de la région (Qatar, Bahreïn, Émirats arabes unis).

 

Le risque de voir d’autres pays du Moyen-Orient basculer, malgré eux, dans la guerre en cas d’un conflit militaire avec l’Iran n’est pas négligeable, lui aussi. Une intervention de l’Occident sans un mandat explicite des Nations-Unis pourrait, en effet, dégénérer de façon inattendue. En plus de fragiliser certains pays de la région, comme l’Égypte et la Jordanie dont les populations, même si elles sont sunnites, reprochent à l’Occident non seulement sa politique de « deux poids, deux mesures » en faveur de l’État d’Israël, qui possèderait plus de 200 ogives nucléaires [41], mais son silence complice également à l’égard de l’attaque menée par cette puissance atomique régionale contre Gaza en 2008, le blocus qu’elle impose à sa population depuis plusieurs années et sa guerre ratée au Liban en 2006. Ces pays, qui tentent de contenir tant bien que mal de fortes tensions politiques et sociales internes, risquent d’être complètement déstabilisés et leurs régimes dangereusement menacés, surtout s’ils choisissent de demeurer inertes face à ce qui pourrait être perçue par leurs opinions publiques respectives comme une nième agression non seulement contre un peuple musulman frère, mais contre la grande Oumma de l’islam tout entière. Il en serait de même pour le Pakistan qui, comme l’aurait souligné un diplomate occidental en poste à Islamabad [42], n’aura pas d’autres choix que de soutenir son voisin iranien et aller probablement jusqu’à participer à des opérations de représailles contre ses agresseurs. La Syrie, le Liban et l'Irak, eux-aussi, ne peuvent pas agir autrement. Ayant déjà apporté leur soutien au programme nucléaire iranien [43], ils ne pourront pas tourner le dos à leur principal allié dans la région. Seules la Turquie et les pétromonarchies du Golfe, en raison de leur alliance avec les États-Unis, se rangeraient dans le camp occidental.

 

Dans un contexte aussi explosif que le Proche-Orient, il me semble que l’Occident mesure bien les risques et les conséquences d’une autre intervention armée de sa part dans la région, et plus particulièrement contre l’État iranien. Les Américains et leurs alliés savent qu’il n’est pas dans leur intérêt d’allumer une autre étincelle autour du Golfe et tentent d’appliquer à l’égard de l’Iran une stratégie de la « double voie » : les sanctions d'un côté, la négociation de l'autre, comme l’expliquait la représentante de l’Union européenne, Catherine Ashton, le 23 janvier dernier. Ils sont confiants que la palette des sanctions qu’ils lui imposent depuis quelques années et leur durcissement progressif seraient amplement suffisants pour faire plier son régime sur son programme nucléaire. Les menaces, quant à elles, qui sont de plus en plus médiatisées, surtout depuis ces dernières semaines, seraient une façon honorable de ne pas passer à l'action militaire. Il faut donc les percevoir de trois façons possibles : d’abord, comme de simples « bruits de bottes » destinés à l’opinion occidentale, puisqu’il est inconvenable qu’en année électorale, la superpuissance américaine ait l’air impuissante face à Téhéran ; ensuite, comme une manifestation par laquelle l’Occident voudrait marquer sa colère à l’égard du régime iranien avec l'intention de lui faire craindre le mal qu'il lui prépare ; et enfin, comme une « épée de Damoclès » qui pourrait à tout moment s’abattre sur lui s’il continue à narguer la communauté internationale et faire fi de ses obligations en vertu du Traité de Non-Prolifération Nucléaire dont il est signataire...

 

Cela dit, avec ces menaces, on est en train d’assister à la reproduction du build up qui a conduit à la guerre d’Irak de 2003 : soupçons, inspections, accusations, sanctions, puis décision de passer à l’attaque, avec la seule différence que, cette fois-ci, il n’y aurait pas guerre contre l’Iran. En tout cas, pas dans la forme – j’en reparlerai à l’occasion d’un autre article – à laquelle nous avions été habituée jusque-là ! N’en déplaise aux observateurs qui tentent de nous convaincre du contraire, aux analystes et autres experts qui spéculent et ne font qu’alimenter l’intoxication médiatique des éditorialistes occidentaux, « la guerre (annoncée) n’aura pas lieu ni cette fois ni la prochaine » non plus, comme le disait Robert Bibeau qui considère d’ailleurs ce tapage médiatique à propos d’une éventuelle intervention armée contre l’Iran comme une opération de propagande orchestrée autour d’un présumé danger nucléaire qui sert en réalité de « faux-semblant pour cacher autre chose, d’autant plus que celui qui s’en dit le plus préoccupé/menacé est justement le seul qui ait utilisé l’arme atomique deux fois plutôt qu’une (Hiroshima et Nagasaki) et qu’il menace encore une fois de l’utiliser contre le peuple iranien ». L’enjeu, selon lui est ailleurs ! Il faut regarder plutôt du côté du détroit d’Ormuz pour saisir les vrais dessous de cette histoire de bombe atomique iranienne, une « fadaise tout juste bonne à effrayer les retraités des salons de thé. » [44]

 

Notes

 

[1] Lire Gary Sick, « Iran : l’embargo peut mener à la guerre », (propos recueillis par Lorraine Millot), in : Libération, 25 janvier 2012, p. 9.

[2] Les puissances occidentales soupçonnent l’Iran de vouloir se doter de l’arme atomique sous couvert d'un programme nucléaire civil. De leur côté, les autorités iraniennes rejettent ces accusations et affirment que ses recherches dans ce domaine n’ont qu’un seul et unique objectif : la satisfaction de ses besoins en énergie électrique. Faut-il rappeler que, depuis plusieurs années déjà, le Conseil de sécurité de l’ONU somme l’Iran de respecter ses obligations internationales et de faire preuve de transparence quant à ses activités nucléaires en coopérant pleinement avec l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique). Quatre résolutions (1737, 1747, 1803 et 1929) imposant des sanctions à Téhéran furent déjà successivement adoptées depuis… Et, dès le début de janvier, l'AIEA a laissé entendre que l'Iran, faisant fi des mises en garde de la communauté internationale, avait lancé la production d'uranium enrichi à 20 %, notamment dans sa nouvelle usine de Fordo.

[3] Même si les ministres européens se défendent bien en affirmant qu’avec ses nouvelles sanctions, ils ne cherchent nullement à « punir » l’Iran, mais à la faire plutôt revenir à la table des négociations, il n’en demeure pas moins que les mesures prises risquent d’avoir des effets ravageurs sur l’économie iranienne, contrairement à ce que prétendait Mostafa Mohammad Najjar, ministre iranien de l’intérieur, lors de sa récente visite à Moscou : « Les nouvelles sanctions européennes contre l’Iran, affirmait-il aux journalistes, ne l'affecteront pas, mais se répercuteront inévitablement sur l'économie de l'Europe elle-même ».

[4] Cette déclaration a été rapportée par plusieurs médias dans le monde, notamment par RIA Novosti sur son site web à l’adresse suivante : http://fr.ria.ru/world/20120118/193064738.html.

[5] Premier exportateur mondial et seul pays en mesure d'accroître rapidement sa production pétrolière et d'éviter ainsi une montée en flèche du cours de l'or noir, l’Arabie Saoudite s’est dite prête à noyer le marché mondial : « Tout ce que nous avons à faire, c'est ouvrir des valves. Pour atteindre les 700 000 barils par jour supplémentaires, nous aurons probablement besoin d'environ 90 jours », déclarait il y a dix jours le ministre saoudien du Pétrole, Ali al-Naimi, lors d’une interview diffusée lundi dernier sur le réseau américain CNN. Lire à ce sujet : « Pékin et Moscou devraient profiter des sanctions contre l'Iran, in : Les Échos, 27 janvier 2012 [disponible à l’adresse : http://www.lesechos.fr/investisseurs/actualites-boursieres/reuters_00419806-pekin-et-moscou-devraient-profiter-des-sanctions-contre-l-iran-281130.php ; « Sanctions pétrolières contre l'Iran. Ryad assure pouvoir compenser les exportations de Téhéran », disponible en ligne : http://www.aufaitmaroc.com/actualites/monde/2012/1/16/ryad-assure-pouvoir-compenser-les-exportations-de-teheran.

[6] Pour plus de détail sur les conséquences économiques et sociales des sanctions décrétées par l’Union européenne à l’encontre de l’Iran, lire : Fereydoun Khavand, « Les sanctions occidentales brisent l'économie iranienne », (propos recueillis par Armin Arefi), in : Le Point.fr, 24 janvier 2012 [disponible à : http://www.lepoint.fr/monde/iran-les-sanctions-occidentales-brisent-l-economie-iranienne-24-01-2012-1423226_24.php.

[7] C’est ce qu’a déclaré le ministre iranien des Affaires étrangères, Ali Akbar Salehi, à l’occasion d’une visite qui a effectué la semaine dernière en Turquie. Lire à cet effet : « Embargo pétrolier : Téhéran invite l'Occident à réfléchir », disponible à : http://fr.ria.ru/world/20120119/193078066.html.

[8] Cette information a été rapportée par La voix de la Russie, le 29 janvier 2012. Lire : « L'Inde paiera de l'or à l'Iran pour son énergie », disponible en ligne à : http://french.ruvr.ru/2012/01/29/64875440.html.

[9] Lire : Bernard Hourcade, « L'embargo sur le pétrole iranien, "une gesticulation diplomatique" de l'Europe », (propos recueillis par Charlotte Chabas), in : Le Monde, 9 janvier 2012, disponible à l’adresse : http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2012/01/09/l-embargo-sur-le-petrole-iranien-une-gesticulation-diplomatique-de-l-europe_1627353_3218.html.

[10] Karim Pakzard, « Nouvelles sanctions contre l'Iran: Des mesures qui ont peu de chance de retourner la population contre le régime », (propos recueillis par Bérénice Dubuc), in : 20 Minutes, disponible à : http://www.20minutes.fr/monde/iran/865912-nouvelles-sanctions-contre-iran-mesures-peu-chance-retourner-population-contre-regime.

[11] Fereydoun Khavand, op. cit.

[12] Gary Sick, op. cit.

[13] Faut-il rappeler qu’outre les sanctions imposées par les États-Unis au lendemain de la révolution islamique, d’autres beaucoup plus sévères se sont ajoutées, notamment à l’occasion de la publication du rapport de l’AIEA en novembre 2011 qui mentionnait que l’Agence « a de sérieuses inquiétudes concernant une possible dimension militaire du programme nucléaire iranien ». En réaction à ce rapport, qui renforçait le soupçon – mais sans toutefois le prouver – d'éventuelles activités militaires liées à ce programme, les Américains et leurs alliés occidentaux : le Royaume-Uni et le Canada et l'Union européenne, ont décrété de nouvelles sanctions contre les secteurs bancaire et pétrochimique iraniens. Pour plus d’informations sur l’étendue de ces sanctions, lire : « Europe et États-Unis adoptent de nouvelles sanctions contre l’Iran », in : L’Expresss.fr, 22 novembre 2011, disponible en ligne à l’adresse : http://www.lexpress.fr/actualite/monde/proche-orient/europe-et-etats-unis-adoptent-de-nouvelles-sanctions-contre-l-iran_1053711.html. Par ailleurs, pour plus de détails sur le contenu de ce rapport, lire les quelques articles suivants : « Le nucléaire iranien en question, in : L’Express.fr, 8 novembre 2011, disponible à sur son site Web à : http://www.lexpress.fr/actualite/monde/proche-orient/le-nucleaire-iranien-en-questions_1048609.html ; « L’Iran a travaillé sur une arme nucléaire, selon l’AIEA », in : L’Express.fr, 8 novembre 2011, disponible à : http://www.lexpress.fr/actualite/monde/l-iran-a-travaille-sur-une-arme-nucleaire-selon-l-aiea_1049120.html.

[14] En plus du boycott américain du pétrole iranien et le gel des avoirs iraniens décidés par les Américains à la suite de la prise d’otages à l’ambassade des États-Unis sous la présidence de Ronald Reagan, on pense au renforcement successif de ces sanctions, notamment à l’occasion de la présumée implication de l’Iran dans les attentats suicide au Liban. On pense également aux mesures prises en 1996 par le Congrès américain et qui interdisait non seulement tout octroi de prêts et toute vente d’armes à l’Iran, mais aussi toute transaction financière ou commerciale entre ce pays et les États-Unis (Iran-Lybia Sanctions Act). Pour en savoir davantage sur l’ensemble des sanctions décrétées contre l’Iran par l’Occident, visiter les deux liens : http://en.wikipedia.org/wiki/U.S._sanctions_against_Iran et http://en.wikipedia.org/wiki/Sanctions_against_Iran.

[15] Firouzeh Nahavandi, « La République islamique d'Iran et les sanctions » (interview), in : RTBF.be, 25 janvier 2012, disponible à : http://www.rtbf.be/info/opinions/detail_la-republique-islamique-d-iran-et-les-sanction?id=7455593.

[16] Sarah Diffalah, « Iran. L’échec de la politique des sanctions », in : Le Nouvel Observateur, 02 décembre 2011, disponible en ligne à l'adresse suivante : http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20111202.OBS5849/iran-l-echec-de-la-politique-des-sanctions.html.

[17] Firouzeh Nahavandi, op. cit.

[18] Faut-il rappeler, pour ne citer ici que quelques exemples illustrant cette attitude, que l’Iran a manifesté, le 5 janvier dernier, sa volonté de reprendre les négociations sur son programme nucléaire. Puis, quatre jours plus tard (le 9 janvier), il annonce le début de ses activités d’enrichissement d’uranium dans son site de Fordow. De la même façon, au lendemain de l’accord européen sur les nouvelles sanctions, les dirigeants iraniens affichaient leur détermination à ne pas mettre un terme à leur programme controversé, puis acceptaient aussitôt de recevoir sur leur territoire la visite des experts de l'Agence internationale de l'énergie atomique…

[19] Ces chiffres ont été publiés dans le dernier numéro du magazine Challenges. Lire : Nicolas Stiel, « L’Europe prend un faible risque avec l’Iran », in : Challenges, № 286, 2 au 8 février 2012, p. 40.

[20] D’après la radio francophone IRIB World Service, cet ancien ministre autrichien aurait déclaré qu’avec ses nouvelles sanctions contre l’Iran, « … l’Union (européenne) n'a fait que s'auto-sanctionner (…) (elles) coûteront davantage à l'Europe qu'elles ne couteront à l'Iran (…) Les conducteurs et ceux et celles qui se réchauffent au pétrole, en Europe, auront de durs moments à passer ». Ces déclarations sont disponibles à : http://french.irib.ir/info/iran-actualite/item/166089-iran-un-ancien-ministre-autrichien-insiste-sur-les-negociations.

[21] Sarah Diffalah, op. cit.

[22] Nicolas Stiel, op. cit.

[23] Sarah Diffalah, op. cit.

[24] Ces propos ont été rapportés par Nicolas Stiel, op. cit.

[25] C’est le cas – pour ne citer ici que deux médias – du Times et du Sunday Times qui, depuis au moins 2004, ne cessent de souffler le chaud et le froid en faisant paraître dans chacune ou presque de leurs éditions un ou deux articles sur le présumé usage à des fins militaires du programme nucléaire iranien et les éventuels préparatifs israéliens en prévision d’une attaque contre les principaux sites liés à ce programme, principalement au sud de Téhéran (Ispahan, Natanz et Arak-et). En effet, dans le site web de ces deux médias, on ne compte pas moins de 2268 entrées en rapport avec Israël et l’Iran, dont 931 articles traitant directement d’une hypothétique intervention des forces aériennes de l’État hébreu en sol iranien. À titre d’exemple, on peut signaler ci-dessous un petit échantillon de ces articles : Peter Conradi , « Israel targets Iran nuclear plant », in : The Sunday Times, 18 juillet 2004 ; « Iran ‘three years away’ from nuclear bomb », in : The Sunday Times, 22 Août 2004 ; Sarah Baxter, « Revealed: Israel plans nuclear strike on Iran », in : The Sunday Times, 07 janvier 2007 ;  Gerard Baker, « Iran and Israel build up their bluffing game », in : The Times, 11 juillet 2008 ; « Israel ‘prepared to attack’ Iran nuclear plants, in : The Times, 04 décembre 2008 ; « Israel stands ready to bomb Iran’s nuclear sites », in : The Times, 18 avril 2009 ; « Israeli navy in Suez Canal prepares for potential attack on Iran », in : The Times, 16 juillet 2009 ; Bronwen Maddox, « Israel will attack a nuclear Iran, International Institute for Strategic Studies says, in : The Times, 16 septembre 2009 ; Michael Evans, « Israel attack on Iran ‘likely between April and June' », in : The Times, 03 février 2011 ;  Sheera Frenkel, « Israel prepares for Iran to test nuclear bomb this year », in : The Times, 10 janvier 2012…

[26] Dans un article publié dans Le Figaro en novembre 2011, Adrien Jaulmes a évoqué cette possibilité de rumeurs colportées uniquement dans le but de faire pression sur les Iraniens et les Occidentaux. Qu’il s’agisse d’un « avertissement à l'Iran, écrivait-il, (d’un) message destiné aux Occidentaux ou bien de divergences d'opinion dans les sphères dirigeantes israéliennes, il reste difficile de savoir dans quelle mesure ces rumeurs sont fondées, ni si elles ont été répandues à dessein, et dans quel but. » Lire : Adrien Jaulmes, « Frappes contre l'Iran : Israël enquête sur les fuites », in : Le Figaro, 4 novembre 2011, disponible à : http://www.lefigaro.fr/international/2011/11/04/01003-20111104ARTFIG00636-frappes-contre-l-iran-israel-enquete-sur-les-fuites.php.

[27] Cité dans : « Iran : Paris contre une intrusion d'Israël », in : Le Figaro, disponible en ligne à l’adresse : http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2012/02/08/97001-20120208FILWWW00470-iranparis-contre-une-intrusion-d-israel.php.

[28] Lire à cet effet : « Les USA craignent une attaque iranienne », in : Le Figaro, 2 février 2012, disponible à : http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2012/02/02/97001-20120202FILWWW00765-les-usa-craignent-une-attaque-iranienne.php, citant un éditorial de David Ignatius, intitulé : “Is Israel preparing to attack Iran?” et paru dans Washington Post, 02 février 2012, disponible à : http://www.washingtonpost.com/opinions/is-israel-preparing-to-attack-iran/2012/02/02/gIQANjfTkQ_story.html].

[29] Déjà sous l’administration de Bush, étaient nombreux les médias qui annonçaient l’imminence d’une intervention militaire contre l’Iran. On rapportait très souvent qu’une lutte se déroulait sur cette question dans le cercle des proches collaborateurs du président américain. On racontait que deux camps se faisaient face à cette époque : « d’un côté, le vice-président Dick Cheney et ses alliés au Pentagone et au Congrès, aiguillonnés par l’American Israel Public Affairs Committee (Aipac), poussaient au bombardement non seulement de l’usine d’enrichissement d’uranium de Natanz, mais aussi des sites militaires iraniens situés près de la frontière de l’Irak. De l’autre, la secrétaire d’État Condoleezza Rice souhaitait continuer dans la voie diplomatique, en renforçant et élargissant les négociations avec Téhéran, entamées en mai 2007 à Bagdad, sur la stabilisation de l’Irak. » (Selig S. Harrison, « Les ultras préparent la guerre contre l’Iran », in : Le Monde diplomatique, octobre 2007, disponible à : http://www.monde-diplomatique.fr/2007/10/HARRISON/15208). Cinq à six ans plus tard, le même scénario nous est servi de nouveau. Des médias anglo-saxons, comme The Wahington Post, The New Yorker, The Times et The Guardian en font souvent l’écho. Ce dernier a même révélé, dans un de ses articles du 2 novembre 2011, que les États-Unis et le Royaume-Uni envisagent des tirs de missiles préventifs sur des installations nucléaires iraniennes. Selon Nick Hopkins, auteur de cet article, le ministère de la Défense britannique préparerait des plans d'intervention pour participer aux côtés des États-Unis à une action militaire contre l’Iran qui impliqueraient des frappes aériennes sur des installations ciblées et le déploiement de navires dans la région, sans déploiement terrestre. Lire : Nick Hopkins, “UK military steps up plans for Iran attack amid fresh nuclear fears”, in : The Guardian, 2 novembre 2011, disponible sur Internet à l’adresse : http://www.guardian.co.uk/world/2011/nov/02/uk-military-iran-attack-nuclear. Le Figaro en a également parlé : Florentin Collomp,  « Iran : Londres et Washington étudient des frappes », in : Le Figaro, 03 novembre 2011, disponible en ligne à : http://www.lefigaro.fr/international/2011/11/03/01003-20111103ARTFIG00479-londres-et-washington-etudient-des-frappes-contre-l-iran.php.

[30] Ces propos de Bernard Kouchner ont été rapportés dans un article de Selig S. Harrison, « Les ultras préparent la guerre contre l’Iran », in : Le Monde diplomatique, octobre 2007, op. cit.

[31] Cette déclaration de Jacques Straw a été rapportée dans une dépêche publiée par Le Figaro et l’AFP, « La Maison Blanche envisagerait des frappes militaires en Iran », in : Le Figaro, 09 avril 2006, disponible en ligne à l’adresse : http://www.lefigaro.fr/international/2006/04/09/01003-20060409ARTWWW90015-la_maison_blanche_envisagerait_des_frappes_militaires_en_iran.php.

[32] Ce genre de déclarations coïncide avec un mouvement inhabituel de navires de guerre russes dans la région, notamment vers le port syrien de Tartous en Méditerranée, que le général russe à la retraite, Leonid Ivashov, met en relation avec l’éventualité d’une intervention militaire contre la Syrie et l’Iran. Lors d’une récente interview accordée à la chaîne Russia Today, il qualifiait ce mouvement de « politique et pacifique » dont la « mission est d'éviter une guerre régionale qui risque d’être déclenchée par une agression » occidentale contre ces deux pays.

[33] Se référer à : “Helping Iran weather a looming storm”, in : Global Times, 10 janvier 2012, disponible à : http://www.globaltimes.cn/NEWS/tabid/99/ID/691485/Helping-Iran-weather-a-looming-storm.aspx. On peut lire aussi : « Le Global Times affirme que la Chine devrait aider l'Iran à se protéger contre la menace militaire américaine », disponible en ligne à l’adresse : http://fr.radio86.com/actualites/le-global-times-affirme-que-la-chine-devrait-aider-liran-se-proteger-contre-la-menace.

[34] De nombreux médias publics en Iran ont rapporté en grands titres ces propos attribués au Président chinois Hu Jintao. Fox News en a également parlé dans un article signé par un certain Reza Kahlili, pseudonyme d’un ancien agent de la CIA ayant déjà été opérationnel dans les Gardes Révolutionnaires de l'Iran. Lire “China Is Helping to Arm Iran and Sidestep Sanctions Thanks to an Assist From North Korea”, in : foxnews.com, 14 décembre 2011, disponible à : http://www.foxnews.com/opinion/2011/12/14/china-is-helping-to-arm-iran-and-sidestep-sanctions-thanks-to-assist-from-north/#ixzz1mVNyYpUo.

[35] Ces propos ont été rapportés dans un article de Chems Eddine Chitour, « L'Occident en déclin : La fuite en avant d'une 3e guerre mondiale », mis en ligne dans le site web de Global Research à l’adresse suivante : http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=28157. Quant à la mise en garde adressée par le Général-major, Zhang Zhaozhong, à ceux qui voudraient rayer de la carte certaines installations sensibles de l’Iran, elle aurait été faite sur la chaîne chinoise de nouvelles NTDTV dont un extrait est disponible à : http://www.youtube.com/watch?v=ugq-KleU8IA&feature=player_embedded#! ou à ce lien : http://www.dailymotion.com/video/xmmcfa_china-will-not-hesitate-to-protect-iran-even-with-a-third-world-war_news.

[36] Hayat Gazzane, « La dette américaine dépasse les 15 000 milliards de dollars », in : Le Figaro, 17 novembre 2011, disponible en ligne à l’adresse : http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2011/11/17/04016-20111117ARTFIG00441-la-dette-americaine-depasse-les-15000-milliards-de-dollars.php.

[37] Flore Vasseur, « Déficit américain : une Grèce par mois ! », in : Marianne, 29 juin 2011, disponible à : http://www.marianne2.fr/Deficit-americain-une-Grece-par-mois-_a207932.html.

[38] « Comprendre la crise de la dette américaine », in : Le Monde.fr, 26 juillet 2011, disponible à : http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2011/07/26/comprendre-la-crise-de-la-dette-americaine_1552828_3222.html.

[39] Cette estimation a été publiée, le 24 octobre 2007, dans un rapport officiel du Bureau du budget du Congrès américain (CBO). Le coût dévoilé inclut les dépenses pour ces deux guerres, qui pourraient atteindre 1 700 milliards de dollars, auxquels il faudrait ajouter 705 milliards pour payer les intérêts d'emprunts que le gouvernement américain devrait encore contracter d'ici à 2017. Lire « Le coût des guerres en Irak et Afghanistan pourrait atteindre 2 400 milliards de dollars d'ici à 2017 », in : Lemonde.fr, 24 octobre 2007, disponible à : http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2011/07/26/comprendre-la-crise-de-la-dette-americaine_1552828_3222.html. Dans une étude, menée par le Prix Nobel d'économie, Joseph E. Stiglitz, en collaboration avec  Linda Bilmes, professeure à l'université de Harvard, et publiée en janvier 2006, le coût de la guerre en Irak uniquement frôlerait la barre des 2 000 milliards de dollars si les troupes américaines devaient rester jusqu'en 2010 sur le sol irakien.

[40] Dans une interview accordée le 8 janvier dernier à l’émission Face the Nation diffusée sur la chaîne de télévision CBS, le général Martin Dempsey, patron des chefs de l’État-major de l’armée américaine, a évoqué sérieusement cette éventualité. Selon lui, les Iraniens ont la capacité militaire de fermer ce passage stratégique au trafic maritime : “They’ve invested in capabilities that could, in fact, for a period of time block the Strait of Hormuz.” Grâce à leurs missiles de croisière antinavires Qadr qui ont une portée de 200 km et leurs sous-marins lance torpilles se déplaçant à une vitesse dépassant les 200 nœuds, l’armée iranienne peut, en effet, assurer un blocus du détroit pour une durée relativement longue. Pour plus d’information sur cette interview, lire : Kathleen Hunter, Viola Gienger, “Iran Able to Block Strait of Hormuz, General Dempsey Says on CBS”, in : Bloomberg, 9 janvier 2012, disponible à l’adresse Internet : http://www.bloomberg.com/news/2012-01-08/iran-able-to-block-strait-of-hormuz-general-dempsey-tells-cbs.html.

[41] Dans une entrevue accordée, en 2005, à la journaliste indépendante suisse Silvia Cattori, Mordechaï Vanunu, ce technicien nucléaire israélien qui s'est fait connaître en 1986 en révélant au journal anglais The Sunday Times les détails sur le programme nucléaire militaire d’Israël, a tenu des propos très inquiétants sur les capacités nucléaires de son pays et a révélé des détails sur l’aide occidentale dont il a bénéficié pour développer un tel programme : « (alors que) les responsables politiques israéliens (répétaient qu’ils) n’avaient nullement l’intention de se doter d’armes nucléaires, (…) ils produisaient beaucoup de substances radioactives ne pouvant servir qu’à cette seule fin (…) Des quantités importantes : j’ai calculé qu’ils avaient déjà, à l’époque – en 1986 ! – plus de deux cents bombes atomiques. » Quant au regard qu’il porte sur le Traité de non-prolifération nucléaire, il trouve injuste que les puissances occidentales puissent, d’un côté, tolérer « l’ambiguïté nucléaire » lorsqu’il s’agit d’Israël et se mettent, de l’autre côté, à exercer des pressions insoutenables sur d’autres pays de la région, comme l’Iran : « Tous les pays (sans exception), disait-il, devraient être ouverts aux inspections internationales et dire la vérité sur ce qu’ils sont en train de faire, secrètement, dans toutes les installations nucléaires dont ils disposent (…) Israël doit être considéré à l’instar de n’importe quel autre pays (…) Nous devons en finir avec l’hypocrisie, et obliger Israël à signer le Traité de non-prolifération nucléaire. Il faut (lui) imposer (…) le libre accès des inspecteurs de l’AIEA au centre de Dimona. » Il faut cesser, selon lui, cette politique de « deux poids, deux mesures » que les puissances occidentales poursuivent à l’égard de certains pays dans le traitement de ce dossier : « non seulement on ne s’en prend pas à Israël, mais on aide même ce pays en secret. Il y a une coopération secrète entre Israël et la Grande-Bretagne, la France et les États-Unis. Ces pays ont décidé de contribuer à la puissance nucléaire d’Israël afin de faire de ce pays un État colonial, dans le monde arabe. Ils aident Israël, parce qu’ils veulent que ce pays soit à leur service, en tant que pays colonialiste contrôlant le Moyen-Orient, ce qui leur permet de s’emparer des revenus pétroliers et de maintenir les Arabes dans le sous-développement et les conflits fratricides. Telle est la principale raison de cette coopération. ». Lire : Silvia Cattori, « Mordechaï Vanunu : L’Iran ne représente aucun danger », disponible en ligne à : http://www.silviacattori.net/article2313.html.

[42] C’est du moins ce qu’a rapporté la radio francophone iranienne IRIB, le 8 février dernier, dans son site web à : http://french.irib.ir/info/iran-actualite/item/168806-guerre-d-contre-liran-le-pakistan-pourrait-participer-aux-repr%C3%A9sailles-anti-isra%C3%A9lienne.

[43] Faut-il rappeler ici que, lors de la conférence internationale sur le désarmement nucléaire qui s’est tenue en 2010 à Téhéran, les ministres des Affaires étrangères de ces trois pays se sont prononcé officiellement en faveur du programme nucléaire iranien qu’ils ont qualifié de « pacifique » et ont appelé également la communauté internationale à contraindre Israël de rejoindre le Traité de non-prolifération (TNP) et ouvrir ses sites à l’inspection de l’AIEA. Lire : « La Syrie, le Liban et l'Irak soutiennent le programme nucléaire iranien, in : La Presse, 17 avril 2010, disponible en ligne à l’adresse suivante : http://www.cyberpresse.ca/international/moyen-orient/201004/17/01-4271539-la-syrie-le-liban-et-lirak-soutiennent-le-programme-nucleaire-iranien.php.

[44] Robert Bibeau, « La guerre contre l’Iran n’aura pas lieu ! », in : Le Grand Soir, 11 janvier 2012, disponible à : http://www.legrandsoir.info/la-guerre-contre-l-iran-n-aura-pas-lieu.html. Citant un article de Michel Chossudovsky, il rappelle « (…) que cette attaque (contre l’Iran) pourrait inclure l’utilisation d’armes nucléaires tactiques antiblockhaus ayant une capacité explosive allant de trois à six fois celle d’une bombe d’Hiroshima. » (Lire : Michel Chossudovsky, « L’Iran face à une attaque à l’arme nucléaire : aucune option n’est écartée », in : Centpapiers.com, 6 janvier 2012, disponible en ligne à l’adresse : http://www.centpapiers.com/l%E2%80%99iran-face-a-une-attaque-a-l%E2%80%99arme-nucleaire-%C2%AB-aucune-option-n%E2%80%99est-ecartee-%C2%BB/91431.

 

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Pour citer cet article :

 

Azzedine G. Mansour, « Sanctions européennes contre l’Iran. Acte de guerre ou gesticulation diplomatique ? », in : Libres Expressions, 25 janvier 2012 (http://azzedine-gm.blog4ever.com/blog/lire-article-501249-8640371-sanctions_europeennes_contre_l_iran.html).


29/02/2012
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