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GUERRE D’ALGÉRIE – Derniers secrets…

Azzedine G. Mansour – 12 décembre 2011

 

L’histoire de la guerre d’Algérie n’aurait pas fini d’être complètement écrite. Un demi-siècle plus tard, elle continue toujours de livrer ses secrets. C’est en tout cas ce que vient révéler l’historien français Jean-Jacques Jordi [1] dans son « Un silence d’État. Les disparus civils européens de la guerre d’Algérie » (Paris : Soteca-Belin, 2011, 200 p.). L’hebdomadaire Valeurs Actuelles (№ 3910, 3 au 9 novembre 2011, pp. 10-15) lui a consacré un article et en a publié de nombreux extraits [cliquer ICI pour lire ce dossier].

 

Autorisé au nom du gouvernement français à fouiller les archives inédites [2] de la guerre d’Algérie, il a été stupéfié par l’importance du contenu qu’offraient près de 12 000 documents administratifs classés « très secret », « secret » et « secret confidentiel », et mis à sa disponibilité. Selon lui, ce contenu remettrait totalement en question le « manichéisme mémoriel » qui a longtemps caractérisé l’écriture de l’histoire de ce conflit et contredirait la version officielle qui en était jusque-là propagée. Faut-il rappeler que, depuis près de cinquante ans, cette histoire opposait, d'un côté, les « gentils » (c’est-à-dire le FLN et les partisans de l'indépendance) et de l'autre, les « méchants » (qui regroupaient les pieds noirs et les tenants de l'Algérie française).

 

Opération militaire de l'armée française contre la population algérienne dans les Aurès, 1955

Source : Bernard Droz (dir.), La décolonisation, La documentation française, № 8062, mars-avril 2008, p. 43.

 

À en croire les résultats de son enquête et les documents qu'il porte aujourd'hui à la connaissance du public, la réalité fut autrement plus complexe. D’une part, les « héros de l'indépendance » – du moins une partie d'entre eux – auraient eu recours dans leur lutte pour l’indépendance à des procédés à la fois obscures et immoraux : enlèvements, viols, tortures, actes de barbarie... D’autre part, les autorités françaises auraient fermé les yeux sur ces exactions. Pire encore, leurs « barbouzes » envoyés sur place en auraient été complices : ils auraient torturé leurs compatriotes français et transmis aux insurgés des listes de militants supposés de l'OAS. Ils auraient même été sommés de demeurer passifs et de ne pas intervenir.

 

Ces attitudes qui font malheureusement des milliers de victimes civiles ne sont pas propres à la guerre d’Algérie. Tout conflit est sale par définition. Et, « la guerre nourrit la guerre », comme dit un célèbre adage français. Cependant, dans celle-ci, c’est bien la France qui – faut-il le rappeler – a occupé, durant plus d’un siècle, une terre qui n’était pas la sienne et soumis à ses règles et ses mœurs un peuple qui n’en voulait pas. Elle est non seulement à l’origine de la mort et la disparition de plusieurs centaines de milliers d’« indigènes », mais porte également l’entière responsabilité de toutes les victimes, incluant ses propres enfants, tombées lors cette vilaine aventure coloniale…

 

C’est là, en toute logique, l’unique conclusion qui devrait s’imposer au terme de toute recherche sérieuse sur l’histoire de ce conflit. En écrivant cela, je ne cherche nullement à réhabiliter une violence par rapport à une autre, mais à rappeler uniquement une vérité que la France officielle et ses multiples relais, aussi bien dans les universités que dans les médias, cherchent par tous les moyens à occulter : la colonisation demeure un fait moralement condamnable.

 

Cela dit, cinquante ans après, le moment est sans doute venu pour que la France « des droits de l’homme » se décide enfin de procéder à un véritable examen de conscience, assumer sa très lourde responsabilité dans ce conflit et reconnaître l’énorme crime contre l’humanité dont elle s’est rendue coupable : avoir brutalement occupé une terre qui lui était totalement étrangère, dominé, humilié et martyrisé son peuple tout entier pendant 132 ans et entraîné, par le fait même, la perte de centaines de milliers de vies...

 

Amen !

 

Notes

 

[1] Jean-Jacques Jordi est docteur en histoire. Enseignant à l’École des hautes études en sciences sociales, il est l’auteur de dizaine d’ouvrages et de plusieurs documentaires télévisés consacrés à la guerre d’Algérie.

[2] Ces archives, qui sont normalement interdites d'accès pour une période allant de soixante à cent ans, proviennent de plusieurs centres : le Centre historique des Archives nationales, le Service historique de la Défense, le Service central des rapatriés, les Archives nationales d'outre-mer, le Centre des archives contemporaines, le Centre des archives diplomatiques et le Comité international de la Croix-Rouge.

 

Mots-clés : Algérie, France, guerre d'Algérie, colonisation, histoire, mémoire,…

 

Pour citer cet article :

 

Azzedine G. Mansour, « Guerre d'Algérie. Derniers secrets… », in : Libres Expressions, 20 septembre 2011 [http://azzedine-gm.blog4ever.com/blog/articles-cat-501249-553981-actualites.html].



13/12/2011
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