Libres Expressions

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La colère étouffée des Algériens

Marie Verdier, envoyée spéciale du quotidien catholique français La Croix à Alger, a fait paraître, dans son édition du 20 mai 2011, un article-reportage sur « la colère étouffée des Algériens » (La Croix, 20 mai 2011, pp. 2-3) depuis le début de ce nous appelons communément « le printemps arabe ». Dans cet article, elle raconte « la mal vie des citoyens » et tente d’expliquer pourquoi leurs protestations n’ont pas dépassé le stade de manifestations mal organisées et rapidement contenues par le pouvoir. De plus, en dépit du fait que le pays en entier soit en ébullition sociale, il n'en demeure pas moins que les Algériens restent relativement « passifs ». Plutôt que d'appeler à la révolution, sortir dans les rues et exiger la chute du régime (isqât an-nidhâm) à l'instar de leurs voisins tunisiens et égyptiens, ils préfèrent emprunter une tout autre voie : celle d'exprimer leurs frustrations à travers des revendications (revalorisations de statut, augmentations de salaires, etc.) cloisonnées par catégories socioprofessionnelles. Pas un jour ne passe, en effet, sans que ce vent de fronde n'embrase successivement les différents secteurs socio-économiques du pays (longues grèves dans les milieux étudiants, enseignants et hospitaliers, etc.). Mêmes les secteurs productifs et les catégories traditionnellement alliées au pouvoir, tels les gardes communaux, n'échappent pas à cette agitation sociale qui semble devenir endémique puisqu'elle dure depuis des années...

 

Qu'est-ce qui explique une telle attitude ? Pourquoi avoir choisi la voie de revendications sectorielles exprimées par des marches et sit-in plutôt que par des émeutes comme celles d'octobre 1988 (la direction générale de la sûreté nationale aurait recensé 520 marches et sit-in durant le seul mois de mars à l'échelle de tout le pays) ? Tous les observateurs s'accordent pour évoquer la crainte d’un retour aux années de plomb (1991-2000), qui ont ensanglanté le pays de bout en bout et terrifié sa population, comme argument majeur justifiant le calme qui règne dans presque toutes les villes. Mais, outre ce traumatisme qui hante profondément la société algérienne, il faut croire que la contestation reste limitée puisque tous les Algériens savent désormais que le pouvoir est verrouillé par un système politique plutôt que par un seul homme et son clan, comme c'était le cas en Tunisie ou en Égypte avant leurs « printemps » respectifs. Ils savent également qu'avec un tel système, il y a des limites à ne pas franchir et que seules les revendications d'ordre socioprofessionnel sont tolérées (Azzedine GM).

 

 

 

Vous pouvez lire cet article directement sur le site de La Croix :

//www.la-croix.com/Actualite/S-informer/Monde/La-colere-etouffee-des-Algeriens-_NG_-2011-05-20-617052



26/07/2011
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