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Un système automatisé de collecte pneumatique des déchets mis à l’essai en France…

Azzedine G. Mansour – 13 octobre 2011

 

La gestion des déchets, c’est-à-dire leur collecte, leur transport et leur traitement (recyclage ou élimination) a fait un très long chemin depuis que l’homme existe sur terre. Elle a longtemps constitué un geste quasi naturel des populations, geste posé à des fins bien précises : sanitaire, environnementale, esthétique, etc.

 

Quand on parle de déchets, on vise bien évidemment tous les types : solides, liquides et gazeux, dont la gestion se fait suivant des procédés qui varient selon leur nature et diffèrent sensiblement d’une région à l’autre. Dans les pays développés, les techniques les plus récentes y sont souvent mises à contribution. Dans les pays sous-développés, on en est hélas encore aux dépotoirs ou aux sites d’enfouissement. Dans les villes, la gestion se fait différemment que dans les milieux ruraux. De la même façon, les déchets industriels sont traités autrement que ceux en provenance des commerces…

 

Cela dit, les opérations liées à la gestion des déchets ont évolué au fil du temps. Autrefois, ils étaient collectés et triés. On récupérait les métaux pour les refondre. Avec les papiers et les chiffons, on faisait de la pâte à papier. Dans les milieux ruraux, les déchets organiques étaient transformés en nourriture destinée à l’alimentation des animaux et en engrais pour fertiliser les sols agricoles. En ville, ils étaient mis tout simplement dans des caniveaux ou entassés en périphérie, à l’air libre, sur des terrains vagues. Avec la révolution industrielle, deux corps de métiers ont vu le jour : celui du vidangeur qui consistait à récupérer les urines et les excréments pour les revendre ensuite comme engrais aux paysans ; et celui de chiffonnier qui recyclait les déchets pour les réintroduire comme matière première dans le secteur industriel.

 

Au XIXe siècle, les industries troquent les matières recyclées pour les plastiques, plus malléables et moins coûteux, et l’agriculture se tourne désormais vers les engrais chimiques. Avec de tels changements, les métiers de vidangeur et de chiffonnier disparaissent et les décharges publiques, qui servent à stocker les déchets non biodégradables, se constituent progressivement un peu partout à la lisière des villes. En très peu de temps, elles deviennent la norme. Durant plusieurs siècles, elles étaient le moyen par excellence qui permet de se débarrasser des déchets. Toutefois, en raison des émanations qu’elles dégageaient et les risques d’incendie qu’elles constituaient, on leur a vite trouvé d’autres substituts : les sites d’enfouissement.

 

À partir des années 1960, le mouvement hygiéniste qui marqua grandement la vie urbaine trente années auparavant a renforcé son argumentaire médical en prônant la généralisation du « confort urbain » et vantant les vertus de l’assainissement et de l’hygiène. Au chapitre de la collecte des ordures ménagères, il obligea chaque famille à disposer de sa propre boîte à ordures et exigea la mise en place d’autres procédés de gestion des déchets que les dépotoirs et les sites d’enfouissement. L’incinérateur fit alors son apparition. Il consiste à brûler les déchets pour produire de l’énergie : l’électricité, par exemple. Dans les pays industrialisés, il remplaça les décharges publiques et, en très peu de temps, en raison d’une prise de conscience de plus en plus généralisée pour les enjeux environnementaux (émissions de gaz, pollution, contamination, etc.), il commence à céder la place à d’autres alternatives plus « écologiques », comme le Tri Mécanique Biologique, la pyrolyse et la gazéification, etc., qui, à cause des coûts liés à leur mise en place, peinent toutefois à se généraliser…

 

En amont de la succession des opérations que compte la gestion des déchets, il y a la collecte et le transport. Si, autrefois, on utilisait des bêtes de somme et des charrettes pour ramasser les ordures ménagères et les transporter jusqu’aux décharges publiques, avec l’apparition de l’automobile, les bennes à ordures qui n’ont cessé d’évoluer au fil du temps, ont pris la relève. Mais, aujourd’hui, tous ces engins hippomobiles destinés à la récupération mécanique des déchets – du simple véhicule touant une remorque poubelle à la benne la plus sophistiquée (dotée d’un ordinateur et d’un système de pesage ou bi-compartimentée permettant la collecte simultanée des ordures et des déchets recyclables), en passant par le camion-citerne – semblent désormais appartenir à une époque révolue. C’est, en tout cas, ce que laisse suggérer un nouveau système automatisé de collecte pneumatique des déchets qui va être mis à l’essai, dès le 15 octobre prochain, dans la commune de Romainville (Seine-Saint-Denis) en France.

 

Avec un tel système, auquel le quotidien français Le Monde (12 octobre 2011, p. 8) a consacré un reportage, une ère nouvelle en matière de gestion des déchets est inaugurée. Les habitants n’ont désormais plus besoin de locaux à ordures, ni de poubelles qu’ils sont obligés de déposer devant leurs portes une à deux fois par semaine. Ils n’ont plus à supporter également la double pollution visuelle et olfactive émanant des amas de sacs qui encombrent les trottoirs. Ils n’ont pas à composer régulièrement non plus avec de bruyants camions poubelles qui obstruent les rues et congestionnent la circulation à chacun de leurs passages.

 

Ce système concerne particulièrement deux quartiers d’environ 2 600 logements et 5 800 habitants en pleine rénovation urbaine dans cette commune de Seine-Saint-Denis. Au pied des immeubles, 106 bornes fermées par des trappes ont été installées pour collecter séparément les emballages recyclables et les déchets ménagers. Elles sont reliées, sous terre, à des tuyaux qui achemineront ces déchets sur une distance d’environ quatre kilomètres vers un terminal. Triés au préalable par les habitants et déposés dans les bornes, les déchets seront stockés en premier lieu dans des cuves ou des « vannes de stockage » puis, une fois un poids minimal atteint, aspirés tout simplement jusqu’au terminal. Un courant d’air généré de façon automatique dans le réseau se chargera de les déplacer à une vitesse de 70 km/h. Une fois arrivés à destination, les déchets seront séparés de l’air qui leur aurait servi de véhicule. Ce dernier sera filtré puis relâché dans l’atmosphère, tandis que les déchets seront compressés à l’intérieur de conteneurs hermétiquement clos. Une fois par jour, un camion de collecte les acheminera vers l’incinérateur ou le centre de recyclage de la commune. On estime qu’avec un tel système, la distance parcourue par les camions serait trois fois moins grande qu’avec la collecte traditionnelle.

 

 

 

 Le système automatisé de collecte pneumatique des déchets mis à l’essai à Romainville (Seine-Saint-Denis, France)

Source : Le Monde, 12 octobre 2011, p. 8 (version papier).

 

Conçu en Scandinavie, ce système de collecte pneumatique a déjà démontré son efficacité d’un point de vue écologique. La première installation a vu le jour, il y a presque cinquante ans en Suède. Aujourd’hui, la plupart des grandes villes suédoises en sont équipées et on compte environ 600 autres installations à travers le monde. En 1992, à l’occasion des Jeux olympiques, Barcelone s’en est dotée et d’autres villes espagnoles, comme Bilbao, Valence, Séville et Carthagène, lui ont aussitôt emboîté le pas.

 

Enfin, si ce système peut traiter simultanément jusqu’à quatre flux de tri, il ne peut toutefois accueillir certaines catégories de déchets, comme le verre par exemple qui risque d’endommager les canalisations. À cette limite d’ordre fonctionnel vient s’ajouter les questions relatives au coût de l’investissement. Si, pour les usagers, la note est censée diminuer d’environ 120 euros (170 dollars canadiens) par an, grâce à l’économie effectuée sur les sorties de poubelles et l’entretien des bacs, il n’en demeure pas moins que le coût global lié à l’installation d’un tel système reste trop élevé. À Romainville, pour gérer les déchets d’un ensemble résidentiel d’à peine 2 600 logements, il aurait coûté 8,3 millions d’euros (environ 11,6 millions de dollars canadiens).

 

Avec un investissement aussi important, il reste néanmoins une consolation : sur le plan environnemental, les gains sont inestimables. Outre l’élimination des désagréments et des accidents liés à la collecte traditionnelle des ordures, avec deux tiers de flux de camions en moins, les émissions de gaz à effet de serre sont considérablement réduits. C’est, en tout cas, l’argument majeur que les responsables municipaux de Romainville avancent pour justifier ce projet.

 

 

Mots-clés : gestion, collecte, déchets, milieu urbain, système automatisé, ville...

 

 

Pour citer cet article :

 

Azzedine G. Mansour, « Un système automatisé de collecte pneumatique des déchets mis à l’essai en France… », in : Libres Expressions, 13 octobre 2011 (http://azzedine-gm.blog4ever.com/blog/lire-article-501249-3042410-un_systeme_automatise_de_collecte_pneumatique_des_.html).

 



14/10/2011
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